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En Ukraine, pour lutter contre les soldats russes

Un policier du SPVM de 55 ans n’a pas pu s’empêcher de répondre à l’appel du président Volodymyr Zelensky

Après six mois en Ukraine, un policier du SPVM est fier d’avoir lutté contre l’armée russe et préparé des centaines de soldats étrangers venus combattre comme lui aux côtés de leurs frères d’armes ukrainiens.

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« J’ai formé des centaines de gens sur de l’avance au contact, des positions défensives, le maniement d’AK-47, beaucoup de notions sur le combat, la survie en forêt. Je leur ai donné le meilleur de moi-même et je sens que j’ai fait une différence », raconte Denis Perrier, un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Pour aller à la guerre, l’homme de 55 ans a pris une année sabbatique.

Comme le monde entier, il avait les yeux rivés sur ce pays qui jouxte l’Europe lorsque l’invasion russe a commencé le 24 février dernier.

« Quand le président Zelensky a fait son appel [à tous ceux qui voulaient venir leur prêter main-forte], c’est vraiment venu me chercher. Ça me hantait jour et nuit. Je voulais partir », raconte-t-il.

Même sa conjointe n’aurait pas pu le convaincre de rester ici, assure-t-il.

Denis Perrier Ukraine

Photo courtoisie

Des mois d’attente

Après plusieurs mois d’attente, c’est finalement le 27 avril qu’il décolle pour Cracovie, en Pologne. Après avoir aidé des organisations humanitaires pendant trois jours, il se décide finalement à passer la frontière ukrainienne.

« On m’a amené sur une base militaire dans l’ouest du pays, et comme j’avais plus de 45 ans, on m’a proposé de devenir instructeur vu mon expérience. Il manquait d’instructeurs », explique celui qui vit à Saint-Jean-sur-Richelieu.

C’est qu’à ce moment-là, l’Ukraine n’envoyait au combat que des gens âgés de 18 à 45 ans, précise celui qui a notamment accompagné l’ONU à Chypre en 1987 et en Bosnie en 1995 comme militaire canadien.

Denis Perrier Ukraine

Photo courtoisie

Des gens du monde entier

Pendant plus d’un mois, il a d’abord fait cela bénévolement, puis a signé un contrat avec l’armée ukrainienne, qui le rémunérait.

« Je pense avoir formé près de 200 soldats de près de 50 pays. J’avais des gens qui venaient de partout : d’Australie, de Colombie, de Taïwan, du Canada et de l’Europe au complet », soutient-il.

Tous les jours, de nouveaux soldats qui souhaitaient participer à l’effort de guerre s’ajoutaient dans les rangs. M. Perrier devait donc s’atteler à vérifier que tout le monde avait le niveau requis pour aller en zone de guerre.

« Il y en a qui partaient de loin, ils avaient de la misère à tenir une arme à feu ! C’est juste s’il ne la tenait pas à l’envers », lance-t-il en ricanant. 

Les plus mauvais étaient simplement escortés jusqu’à la frontière.

Après trois mois, son commandant lui a demandé de former des recrues pour créer une unité de forces spéciales menant des missions spécifiques sur le terrain.

« J’étais fier qu’on me fasse confiance pour cette mission-là », confie-t-il.

L’ancien militaire a toutefois eu l’envie de partir avec eux.

« J’ai fait de la pression parce que je voulais aller au combat. Je suis venu en Ukraine pour ça, pas pour être instructeur et finalement, ils m’ont recruté », explique-t-il, ajoutant avoir suivi une formation pendant environ un mois.

Au combat

Lui et son unité ont été envoyés à Kharkiv, au nord du Donbass, début août. La ville était déjà sans électricité, les commerces étaient fermés.

« C’était très, très chaud. [...] La première journée où on est arrivé, on pense qu’on a rapidement été repéré par des prorusses. Notre première nuit, on a été bombardé par du gros calibre, donc ça nous a mis en alerte tout de suite », raconte-t-il.

Une roquette a explosé à seulement quelques mètres de lui et de son unité.

Photo courtoisie

Une roquette a explosé à seulement quelques mètres de lui et de son unité.

Plusieurs missions

Pendant trois mois, l’ex-militaire des Forces armées canadiennes et son unité devaient remplir des missions. Ils pouvaient alors partir plusieurs jours de suite.

« On a fait beaucoup de missions variées. On a neutralisé l’ennemi, posé des pièges, lancé des mortiers sur l’ennemi, neutralisé des soldats russes, en capturer d’autres qui ont donné de bonnes informations. On a fait une différence dans notre petit bout de terrain », explique-t-il.

« Je ne suis pas gêné de dire que certaines missions pouvaient être des opérations suicide. On ne savait pas si on allait revenir », affirme-t-il, confiant qu’il n’y a eu, heureusement, aucun mort dans son unité.

En plus d’avoir l’impression de faire une différence, le policier du SPVM a vraiment senti que la volonté des Ukrainiens le poussait à continuer.

Le courage des Ukrainiens

« Ils nous donnaient du fuel. Voir ces gens se battre comme ça pour leur pays et qui se sont enrôlés dans l’armée, voir leur courage malgré les milliers de morts et les atrocités, c’était incroyable. C’est pour eux que l’on continuait tous les jours », confie-t-il.

De retour au Québec depuis moins de deux semaines pour retrouver sa conjointe, Denis Perrier pense déjà à repartir en Ukraine en février, avant que la guerre célèbre son premier anniversaire.

« Si c’était à refaire, c’est sûr que je le referais ! J’y retournerais demain matin, sans hésitation. Ma tête est encore là-bas », laisse-t-il tomber.

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