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Une ex-militaire attend depuis 4 ans pour un ascenseur

Une ex-militaire et athlète paralympique de kayak confinée à son fauteuil roulant depuis une grave blessure à l’entraînement attend depuis quatre ans et demi l’installation d’un ascenseur que lui a promis Anciens Combattants Canada. 

« C’est dégueulasse, je ne peux plus continuer, je n’ai plus la force », lâche Christine Gauthier, les yeux pleins d’eau. 

Dans l’attente d’un ascenseur que doit installer le ministère des Anciens Combattants depuis quatre ans et demi, l’ex-caporale sera contrainte de faire « le ver de terre » encore cet hiver si elle veut avoir accès à son véhicule et à son autonomie.  

Christine Gauthier alors qu’elle portait encore l’uniforme.

Photo courtoisie

Christine Gauthier alors qu’elle portait encore l’uniforme.

Mme Gauthier n’est pourtant pas du genre à se laisser abattre. La vie de la militaire a pris une tournure dramatique en 1989 lorsqu’elle s’est gravement blessée aux jambes après avoir sauté dans une tranchée lors d’un entraînement. Huit opérations se sont ensuite succédé à travers ses missions à l’étranger jusqu’à sa libération médicale en 1998. 

La caporale s’est alors donnée à fond dans le kayak de vitesse, une discipline paralympique où elle a excellé en remportant cinq championnats du monde. Sauf qu’à 52 ans, le corps de la femme est de plus en plus hypothéqué.

En 2017, elle a donc décidé de déménager à Les Cèdres en rénovant une résidence adaptée à sa condition. Naïvement, elle croyait pouvoir transférer l’ascenseur déjà payé par Anciens Combattants Canada à sa nouvelle résidence, mais la plate-forme n’était plus aux normes. 

Immobilisme

À l’été 2018 s’est entamé un long parcours du combattant pour avoir un nouvel équipement adapté. Pourtant, Christine Gauthier s’estime « chanceuse » par rapport à d’autres vétérans puisque le ministère reconnaît le statut « exceptionnel » de sa condition et l’indemnise à 137 %. 

Il aura toutefois fallu deux ans et demi avant que soit approuvée une « plate-forme élévatrice intérieure 3 niveaux » au coût de 168 000 $. Or, l’emplacement choisi par le ministère se trouve à plusieurs mètres du garage où elle range sa voiture l’hiver. 

Pourtant, le ministère avait étudié trois options, dont celle privilégiée par Mme Gauthier. 

« Je ne sais pas pourquoi ils se sont obstinés à faire ça là. L’option la moins coûteuse, c’est celle qu’on veut [...] L’entrepreneur chargé de faire le travail disait lui-même [que] ça n’a pas de bon sens de faire ça là. »

Une rampe à l’avant de sa résidence lui permet de sortir à l’extérieur, mais cela l’oblige à faire près de 100 pieds dans les cailloux pour se rendre au garage où est sa voiture. 

Pas la bonne place pour l’hiver

Un trajet difficile et impossible à parcourir en fauteuil roulant l’hiver, ce qui l’oblige à « faire le ver de terre » et à descendre ou monter ses escaliers sur les fesses pour atteindre son garage. 

L’option choisie par le ministère ne réglait donc pas son problème. 

« Je ne peux pas juste laisser ça faire sous prétexte que tu payes la facture », plaide-t-elle, tandis que l’autorisation de service a expiré.

Plutôt que de choisir l’option déjà étudiée par la militaire retraitée, le gestionnaire a repris l’analyse du début. 

Alors que l’hiver pointe, Christine Gauthier attend toujours les nouveaux plans du ministère. 

« Si j’avais su il y a cinq ans que j’attendrais cinq ans. Avec tout ce que j’ai passé à travers ? Je peux t’assurer que... », lance-t-elle en parlant de ses idées noires, les yeux pleins d’eau. 

« Depuis cinq ans que je me fais dire que c’est incessant, on est pris en otage depuis cinq ans », ajoute-t-elle.  

Anciens Combattants Canada a répondu qu’il « ne pouvait pas partager aucun renseignement spécifique » lorsque questionné par Le Journal

Des services plus longs pour les francophones 

Si l’ex-militaire Christine Gauthier s’était adressée au ministère des Anciens Combattants en anglais plutôt qu’en français pour obtenir son ascenseur, la femme handicapée aurait eu un service beaucoup plus rapide, soutient le député du Bloc Québécois Luc Desilets. 

« C’est clair qu’il y a un délai dans le temps et le traitement des réponses entre les anglophones et les francophones », déplore le député bloquiste qui siège au comité permanent des Anciens Combattants à Ottawa. 

« C’est tout à fait gênant. C’est une quarantaine de semaines de différence », affirme celui qui a fait le test avec la même demande dans les deux langues officielles.

Plus d’humanité demandé

Il n’est donc pas surpris que l’ex-militaire soit embourbée dans la « lourdeur bureaucratique épouvantable ». 

Comme ministère qui s’occupe des hommes et des femmes qui ont donné leur vie à leur nation, Anciens Combattants Canada « devrait être axé sur le côté humain », plaide M. Desilets. C’est pourtant un « manque d’humanité total » que constate le député qui fait de ce dossier son cheval de bataille politique depuis 2019. 

Si le délai moyen de réponse de 12 semaines n’est pas respecté, ce temps d’attente est encore pire pour les francophones, dit M. Désilet. 

« Les francophones, on est toujours desservis plus tard. »

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