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Pour les Ukrainiens, 90 ans après la Grande famine, un «génocide» se répète

Il y a 90 ans, ils étaient des millions à mourir de la Grande famine provoquée volontairement par le régime stalinien et considérée comme «génocide» par Kyïv. Aujourd'hui, avec l'invasion russe qui a mis leur pays à feu et à sang, pour beaucoup en Ukraine, l'Histoire se répète.

«Ce qui s'est passé dans les années 1930 est un génocide et ce qui se passe maintenant c'est aussi un génocide», estime Ganna Pertchouk, une retraitée venue à une cérémonie religieuse à la mémoire des victimes de l'Holodomor (extermination par la faim). «Les parallèles sont très clairs».

Derrière elle, un centre commémoratif de la Grande famine en forme d'une bougie géante s'élève dans le brouillard sur une colline surplombant le fleuve Dnipro. 

Une douzaine de prêtres orthodoxes vêtus de robes noires et argentées se préparent à célébrer leur service en plein air, malgré les températures proches de zéro degré.

L'archevêque Filaret, 93 ans et longue barbe blanche, pose un bouquet d'œillets rouges devant un monument représentant une fillette émaciée qui presse des épis de blé contre sa poitrine avant de lancer la cérémonie.

«Nous prions pour ceux qui ont péri de la famine», chante un prêtre. «Mémoire éternelle», entonne le chœur composé d'une dizaine de fidèles.

«Victoire sur le Mal»

«L'Holodomor n'était pas le résultat d'une mauvaise récolte, mais l'extermination intentionnelle du peuple ukrainien», lance Filaret.

Surnommée «le grenier à blé de l'Europe» pour la fertilité de ses terres noires, l'Ukraine a perdu quatre à huit millions d'habitants dans la grande famine de 1932-1933, orchestrée selon des historiens par Staline pour réprimer toute velléité nationaliste et indépendantiste de ce pays, alors république soviétique. 

Ce drame est officiellement considéré comme un «génocide» par Kyïv et plusieurs pays occidentaux, un terme farouchement rejeté par Moscou.

Comme beaucoup d'Ukrainiens, Mme Pertchouk en a des mémoires familiales. Sa belle-mère, qui était une fillette à l'époque, lui racontait comment sa famille la cachait dans un village de la région de Kyïv «pour qu'elle ne se fasse pas manger» par des voisins rendus fous par la faim, alors que des cas de cannibalisme étaient recensés parmi la population. 

«Imaginez-vous cette horreur !» lance, larmes aux yeux, cette ancienne infirmière de 61 ans qui dit «prier pour notre victoire, qui sera la victoire sur le Mal». 

«C'était une famine génocidaire créée artificiellement... Maintenant que nous vivons cette guerre massive lancée sans provocation par la Russie contre l'Ukraine, nous voyons l'Histoire se répéter», lui fait l'écho le prêtre Oleksandre Chmouryguin, 38 ans. 

Poutine après Staline

«À l'époque, ils exterminaient les Ukrainiens par la famine, aujourd'hui ils nous exterminent avec des armes lourdes» en bombardant «des villes pacifiques» et «nos infrastructures énergétiques», renchérit cet homme de 38 ans. 

Car sur fond de revers militaires, la Russie pilonne depuis octobre des installations ukrainiennes privant des millions d'Ukrainiens d'électricité, de chauffage et d'eau alors que l'hiver s'installe dans ce pays. 

La ville de Kyïv était parmi les plus touchées par ces coupures avec quelque 600 000 foyers privés d'électricité dans la soirée de vendredi deux jours après une dernière vague de bombardements.

Parmi les personnes rassemblées pour commémorer les victimes de la famine, l'avocat Andriï Savtchouk, 39 ans, évoque une perte «irréparable» pour l'Ukraine. 

«Le système de Staline, l'État répressif voulait détruire l'Ukraine en tant que nation. Aujourd'hui, nous voyons que les efforts déployés par Staline sont poursuivis par (le président Vladimir) Poutine», a-t-il déclaré.

Mais si «les Ukrainiens ont pu tenir» dans les années 1930, ils «tiendront bon» face à Moscou, assure-t-il. «Nous avons une volonté inflexible et la confiance. Et le monde entier est avec nous».

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