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SOS pour les espèces menacées du Québec

Certaines des espèces menacées du Québec qui ne comptent plus que quelques centaines d’individus s’approchent du point de non-retour, s’inquiètent des experts.

Pour eux, la Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) qui se tiendra à Montréal du 7 au 19 décembre représente le moment ou jamais d’agir pour leur survie, et de donner l’exemple à l’international.

«On souhaite que le gouvernement ait l’audace de faire des annonces pendant la COP15», résume Alain Branchaud, directeur général de SNAP-Québec.

Voici donc le portrait de cinq espèces, et de ce qui devrait être fait au plus vite pour leur bien.

LE FRAGILE BÉLUGA DU SAINT-LAURENT

béluga

Photo courtoisie, Fanny Gandolphe

Le fameux béluga de l’estuaire du Saint-Laurent a déjà connu des jours meilleurs : il ne resterait qu’environ 1000 individus, alors qu’ils étaient entre 8000 et 10 000 au début du 20e siècle. Il est considéré comme «menacé» au Québec depuis l’an 2000. 

Ce qui le menace : 

La contamination, la diminution de l’abondance des proies, le bruit, les collisions, les déversements accidentels et les algues toxiques, indique sa fiche technique au ministère de la Faune.

Ce qu’on devrait faire :

Agrandir le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent jusque dans une section de l’estuaire du fleuve. «Avec la COP15, il y a une belle opportunité que le provincial et le fédéral fassent une annonce conjointe», estime Alain Branchaud, de SNAP-Québec.

Cela permettrait de réglementer l’observation des mammifères marins et la gestion de la circulation maritime. Signe encourageant, des efforts dans le territoire actuel du parc ont déjà permis la création d’un refuge acoustique dans la Baie Sainte-Marguerite, maintenant fréquentée par de nombreuses femelles et leurs petits.

UNE RARE RAINETTE EN MONTÉRÉGIE

Rainette faux-grillon de l'Ouest

Photo Biodôme de Montréal/Espace pour la vie

La rainette faux-grillon de l’Ouest est une minuscule grenouille de la taille d’un raisin que l’on retrouve dans des endroits très précis de la Montérégie. Cette espèce terrestre fréquente des milieux humides temporaires. Québec l’a classée comme «vulnérable» en 2001. 

Ce qui la menace : 

L’étalement urbain et l’agriculture, qui empiètent sur son habitat. «Dès qu’on coupe la connectivité entre les milieux humides ou qu’on perturbe le drainage d’un sol, c’est fini», rappelle Alain Branchaud, directeur général de SNAP-Québec. La situation est d’autant plus préoccupante que la rainette a perdu au moins 90 % de son aire de vie en Montérégie dans les dernières décennies et qu’il n’y reste que neuf grandes populations.

Ce qu’on devrait faire :

Protéger les milieux humides, plutôt que les détruire et tenter de les recréer ailleurs. «Les mesures de compensation, ça ne marche pas, c’est de l’écoblanchiment», juge M. Branchaud, biologiste de profession.

On devrait aussi moderniser la loi provinciale pour permettre à l’État d’intervenir sur des terres privées, où se situe en grande partie l’habitat de la rainette. Les environnementalistes doivent autrement se rabattre sur des mesures d’exception, comme un décret d’urgence adopté par le fédéral en 2016 en Montérégie pour interrompre la construction de 1400 unités d’habitation.

UNE TORTUE-MOLLE QUI RÉSISTE

Nos photos de la semaine_9

Photo Mike Hensen / Agence QMI

La tortue-molle à épines est une espèce aquatique à carapace molle, recouverte d’une peau ressemblant à du cuir. On ne la retrouve plus qu’à quelques endroits dans le sud du Québec et de l’Ontario. Elle est considérée comme «menacée».

Ce qui la menace : 

La détérioration des berges et les collisions avec des embarcations, entre autres. «Même si les tortues sont des espèces aquatiques, elles ont besoin des rives pour se reproduire, et emmagasiner de la chaleur», affirme Annie Lebel, responsable du programme Faune en danger à la Fondation de la faune.

Ce qu’on devrait faire :

Plus de sensibilisation auprès des propriétaires terriens et des agriculteurs qui aménagent parfois les 10 ou 15 mètres près du rivage ou s’en servent pour maximiser leur culture. «Souvent, ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais les gens ne sont pas au courant de leur impact», précise Mme Lebel.

LE SEUL ET UNIQUE CHEVALIER CUIVRÉ 

chevalier cuivré

Photo Nathalie Vachon, MFFP

Le chevalier cuivré est un poisson «fantastique» d’environ 5 kg que l’on retrouve dans le Saint-Laurent, et nulle part ailleurs au monde, décrit le directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP-Québec), Alain Branchaud. Il est classé «menacé».

Ce qui le menace : 

Les rejets industriels et agricoles dans la rivière Richelieu et dans le fleuve à la hauteur du lac Saint-Pierre. «Il ne reste plus que quelques centaines d’individus adultes. Si on perd la population qu’on a en ce moment, on perd l’espèce au complet», s’alarme M. Branchaud.

Le projet d’expansion du port de Montréal à Contrecœur est aussi un danger pour ce poisson, même si le promoteur ne peut aller de l’avant sans obtenir des permis en vertu de la Loi sur les espèces en péril du fédéral. «Ce projet-là, dans le cœur de l’habitat essentiel d’une espèce qui est protégée, c’est un non-sens», s’emporte le biologiste.

Ce qu’on devrait faire :

Travailler avec les municipalités et les agriculteurs pour améliorer la qualité de l’eau dans la rivière Richelieu, où sont situées au moins deux frayères. «On soupçonne que la contamination dans la rivière Richelieu inhibe la capacité du poisson à se reproduire», dit M. Branchaud.

L’IMPORTANT CARIBOU DES INNUS

Caribou forestier

Ministere des Ressources naturel

La harde de caribous forestiers du Pipmuacan, situé à la frontière entre le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, ne compte plus que 200 individus environ.

Ce qui le menace : 

Les coupes forestières dans son habitat essentiel. À preuve, «la population est en baisse constante, même si on a arrêté de chasser le caribou depuis 2007», s’inquiète Eric Kanapé, conseiller en environnement du conseil des Innus de Pessamit. Le caribou est un animal sacré et partie intégrante de la culture de sa nation.

Ce qu’on devrait faire :

Créer une aire protégée autochtone, comme le demande la communauté de Pessamit. «On serait capable d’apporter de bonnes choses dans la gestion du territoire. Le caribou a accompagné les Innus pendant des milliers d’années et nous a sauvés plusieurs fois. Maintenant, c’est à nous, les Innus, d’essayer de le protéger et de le sauver», dit M. Kanapé.

Aussi, identifier clairement et à l’avance les zones à protéger. «Ce qu’on a compris, c’est que l’industrie forestière veut de la prévisibilité. Le plus rapidement on va sécuriser les habitats importants des espèces en péril, le plus rapidement on va savoir où l’industrie peut opérer», souligne Alain Branchaud, de la SNAP-Québec.

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