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Une erreur de la DPJ force cette maman à déménager

Son adresse qui devait être confidentielle a tout de même été divulguée à son ex

Une mère monoparentale qui aurait été victime de violence conjugale est forcée de déménager depuis que le Directeur de la protection de la jeunesse a divulgué son adresse à son ex-conjoint, faisant ainsi fi d’une ordonnance de la cour.

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« J’avais ma petite bulle dans laquelle je me sentais protégée et maintenant je ne l’ai plus, lance la femme dont nous tairons l’identité pour des raisons légales. Je me sens en danger et ça me cause du stress. Il y a un abribus devant chez moi et je suis toujours en train de regarder, de me dire que cette personne semble bizarre. »

La relation avec son ex-conjoint est chaotique depuis la naissance de leur fils, il y a quelques années. La bataille juridique au sujet de la garde dure depuis qu’il est au monde, bien que la mère en ait toujours eu la charge principale.

Écoutez l'entrevue avec la mère monoparentale victime violence conjugale à l’émission de Benoit Dutrizac diffusée chaque jour en direct 12 h 03 via QUB radio :  

La résidente de la Rive-Nord confie avoir vécu diverses formes de violence avec son ex dans le passé. Son comportement étrange lors de leurs nombreux passages au tribunal et des méfaits sur sa voiture qui concordent avec des conflits en cour ont fini par soulever d’importantes inquiétudes pour la femme dans la quarantaine. 

Mesure d’urgence

Craignant pour sa sécurité, elle a entamé des démarches judiciaires auprès de la Cour supérieure afin que son adresse soit protégée. Dans le cadre d’une « mesure d’urgence », une juge a entériné sa requête et a rendu son adresse confidentielle.

Depuis le début du processus et afin de se protéger, la mère monoparentale assure avoir informé plusieurs fois la DPJ de l’existence de ce jugement. Son avocate et elle assurent également posséder des documents, dont certains acquis en vertu de la Loi de l’accès à l’information, qui confirment clairement que la DPJ était au courant de la confidentialité de son adresse.

Malgré tout, l’organisme gouvernemental a fait parvenir un document par huissier en septembre chez le père de l’enfant, dans lequel l’adresse de son ex est clairement inscrite. 

« Nous leur avons envoyé une mise en demeure et nous réclamerons tous les frais liés à son déménagement, explique l’avocate de la femme, qui affirme n’avoir jamais vu une telle situation dans sa carrière. Ils ont allégué ne pas en avoir eu connaissance, mais on leur a envoyé toutes les preuves. La question n’est pas de savoir s’il y a eu une faute, la question, c’est comment ils vont régler ça avec ma cliente. »

Choc post-traumatique

Incapable de retrouver un semblant de sentiment de sécurité depuis l’incident, la mère monoparentale a été forcée de quitter sa résidence et de se relocaliser avec son enfant d’âge primaire. Lors de notre passage, les boîtes étaient faites.

« La situation est déjà tellement lourde, je n’avais pas besoin de vivre un déménagement en plus de tout ça. C’est comme si ça me ramène dans l’état où j’étais à l’époque avec lui. Ça me ramène mon choc post-traumatique. »

La Protection de la jeunesse a refusé notre demande d’entrevue, évoquant des raisons de confidentialité.   

Une faute qui aurait pu avoir de graves conséquences 

Le sentiment de sécurité d’une victime de violence conjugale est un élément crucial dans sa réadaptation. La divulgation de son adresse peut faire rejaillir de nombreux traumatismes, souligne le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC).  

« Les personnes victimes de violence conjugale sont souvent dépouillées de leur identité et de toute forme de contrôle, explique Marie-Christine Villeneuve, porte-parole de l’organisme d’aide. Devenir autonome et se bâtir un petit nid c’est vraiment essentiel pour que ces personnes-là puissent arriver à fonctionner normalement. Quand on retire le sentiment de sécurité, on entraîne un dysfonctionnement, une hypervigilance, le retour des cauchemars parfois même. Ça peut être une réelle reviviscence du trauma. »

Le pire aurait pu arriver

Une erreur comme celle commise par la DPJ aurait pu avoir des conséquences fatales pour cette mère monoparentale.

« Ce genre de faute peut avoir des effets majeurs, voire même mener à un féminicide dans certains cas », explique Marc Hull-Jacquin, fondateur de Transit-Secours, un organisme qui aide les personnes victimes de violence conjugale à déménager. 

Selon lui, le processus de rétablissement d’une victime passe bien souvent par un logis où l’on se sent en sécurité. Il s’agit d’un élément tellement crucial et si précieux que même son organisme procède à la destruction des informations personnelles, incluant l’adresse, des clientes lorsque le déménagement est complété. 

« On a eu des cas où les agresseurs ont tenté de retrouver les femmes par après », explique M. Hull-Jacquin, dont l’organisme aide une vingtaine de familles par mois à se reloger dans un endroit sécuritaire dans la région de Montréal. 

Inquiétude constante

La divulgation de son adresse, censée être confidentielle, à son ex-conjoint qu’elle accuse d’être violent, a ramené cette mère monoparentale de la Rive-Nord dans un état d’inquiétude constant. 

Un déménagement semblait être la seule option qui lui permettait de dormir à nouveau sur ses deux oreilles. La femme dans la quarantaine se désole également de voir la réaction de son jeune fils, lui qui s’est objecté vivement à ce changement. 

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