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Itinérance: «les gens vont mourir de froid», dit une intervenante

JOEL LEMAY / 24 HEURES / AGENCE QMI

Les refuges pour itinérants débordent et beaucoup se retrouvent forcés d’aller passer la nuit dans les salles d’urgence pour être au chaud, une situation qu’a déplorée lundi la directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Annie Savage.

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«La situation ressemble vraiment à celle qu’elle était cet été, j'ai envie de dire l’hiver passé, malgré le fait que la Ville et le CIUSSS [du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal] parlent d’un nombre de places historique; c’est loin d’être un nombre de places qui répond aux besoins», a-t-elle avancé, en entrevue avec QUB radio.

Elle a ajouté que les refuges sont devenus eux-mêmes des salles d’urgence, et donc qu’ils débordent. L’une des raisons, selon elle, est liée aux subventions PSL (Programme supplément aux loyers) que le gouvernement a mises en place pour éliminer l’itinérance.

«Il y a une crise de logements et une grande majorité des 1623 places est liée à une subvention aux loyers pour accompagner les personnes qui le désirent vers un logement sur le marché locatif privé [...]. Les loyers sur le marché privé qui rencontrent les critères PSL, c'est de l’ordre du miracle d’en trouver un et ça congestionne les lits en refuge qui sont consacrés à l’accompagnement de transition, donc trouver un logement», a-t-elle continué au micro de Philippe-Vincent Foisy.

«Un vrai lit d’urgence est aussi précieux un lingot d’or trouvé sur le trottoir», a ajouté Mme Savage.

Pour la directrice du RAPSIM, le gouvernement ne comprend pas l’enjeu.

«Je pense qu’il y a vraiment une incompréhension du phénomène actuellement. Quand on s’adresse aux élus responsables des dossiers, on se rend compte qu’ils ont beaucoup, beaucoup de choses à apprendre, mais malheureusement, ils sont de moins en moins disponibles et ouverts à s’asseoir avec le RAPSIM, qui est un regroupement parmi d’autres», a-t-elle expliqué.

Annie Savage demeure pessimiste quant à la suite. «Les gens vont mourir de froid, d’engelures, mais aussi mourir parce que, et ça, c’est écrit dans le ciel, il y a une détresse et on peut le comprendre, quand t’as pas dormi pendant des jours, tu dors mal, t’as de la misère à t’asseoir 3 secondes sans qu’on te demande de te déplacer et qu’en plus on te dit que tu ne pourras pas avoir un lit au chaud ce soir, y a de quoi virer», a-t-elle clamé.

La solution à court terme serait, selon Mme Savage, de revenir au mode d’intervention en place pendant la pandémie. «La Ville n’agit plus comme elle agissait quand elle avait certains pouvoirs associés à la crise sanitaire, mais nous, ce qu’on demande, c’est qu’elle continue d’agir comme si c’était encore l’état d’urgence en itinérance, parce que ça l’est. Ça l’était d’ailleurs avant la COVID, et ça continue de l’être.»

Le besoin d’abris est incontestable également. «Il faut qu’il y ait des haltes chaleur, des lieux de tolérance où les personnes peuvent aller se réfugier. Les métros ferment passé minuit et jusqu’à 6 h le lendemain matin et il faut trouver des alternatives. Et à date, les seules alternatives que les gens trouvent, c’est effectivement les urgences d’hôpitaux», a-t-elle expliqué.

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