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Lettre à Bernard Drainville: êtes-vous prêt à régler les vrais problèmes de l’école publique?

Monsieur le ministre,

Dans quelques jours à peine, vous et moi serons de retour à l’Assemblée nationale pour débattre de l’avenir de l’éducation au Québec, vous comme ministre de l’Éducation, moi comme responsable du dossier pour Québec solidaire.

Je m’engage pour l’école publique parce que je lui dois beaucoup. Pour les immigrantes et les immigrants, le choix de l’école de leurs enfants est doublement important: il s’agit non seulement d’assurer leur réussite, mais aussi leur intégration à la société d’accueil, au Québec. Mes parents ont choisi de m’envoyer à l’école du quartier. C’était le bon choix.

Lors de mes études universitaires et au moment d’entrer sur le marché du travail, je n’ai jamais senti que mes pairs issus de l’école privée avaient une longueur d’avance. Au contraire, dans mon cas et tant d’autres, l’école publique a fait son travail d’ascenseur social. Aujourd’hui, l’ascenseur social est hors service.

L’école «ordinaire»

Combien de parents font de l’école du quartier leur premier choix? L’école «ordinaire» est devenue synonyme de services déficients, de nivellement par le bas, d’abandon. Résultat: selon un rapport du Conseil supérieur de l’éducation du Québec, le système québécois est le plus inégalitaire au Canada. 15% des élèves de l’école publique régulière vont à l’université, contre 60% des jeunes du privé. Gênant, vous dites?

Quand il était dans l’opposition, votre prédécesseur, Jean-François Roberge, ne mâchait pas ses mots pour qualifier la situation: «tu nais pauvre, tu décroches.» Cette lucidité fait malheureusement défaut à la CAQ depuis qu’elle est au pouvoir. Après les priorités idéologiques de M. Roberge, dont les commissions scolaires et les maternelles 4 ans, l’école publique a besoin d’une dose urgente de pragmatisme.

Ce ne sont pas les problèmes qui manquent; c’est de la volonté.

Si les enseignantes continuent de décrocher en si grand nombre, on ne peut pas s’attendre à ce que les jeunes s’accrochent, d’autant plus que c’est dans les classes les plus défavorisées que la charge est souvent la plus lourde. Vous avez raison: les profs, on ne peut pas les inventer. Il faut les attirer et les garder en poste, avec de meilleurs salaires, bien sûr, mais surtout en les déchargeant des tâches qui les empêchent de faire leur travail.

Si les élèves en difficulté doivent poireauter pendant des mois pour un diagnostic parce que les ressources professionnelles sont débordées, on ne peut pas s’attendre à ce que les jeunes réussissent. Rembourser un diagnostic au privé, ça ne règle pas tout. Encore faut-il que l’école ait les moyens d’assurer un vrai suivi au lieu de renvoyer la balle dans la cour de l’enseignant.

Ce ne sont pas les problèmes qui manquent; c’est de l’écoute.

Écoutez l'entrevue avec Ruba Ghazal à l’émission de Philippe-Vincent Foisy  diffusée chaque jour en direct 6 h 50 h via QUB radio : 

Le ministre doit être à l’écoute

Dans les dernières années, ma collègue Christine Labrie a reçu plusieurs centaines de témoignages de parents, d’enseignants, d’orthopédagogues, de travailleuses sociales et j’en passe. Les gens dans les écoles publiques nous disent que plus les problèmes sont grands, moins il y a d’écoute au ministère.

Certains vont vous reprocher de ne pas être issu du milieu. Pour moi, l’important, c’est de réparer les ponts en allant à la rencontre des gens qui portent le système à bout de bras. Ce sont vos meilleurs conseillers. Écoutez-les, gagnez leur confiance, ne rejetez pas leurs solutions du revers de la main, même si elles ne cadrent pas avec l’idéologie de la CAQ.

«Tu nais pauvre, tu décroches», ce n’est pas une fatalité. L’école publique est le moteur de l’égalité des chances au Québec. On a besoin d’un ministre de l’Éducation qui ne ménage aucun effort pour le redémarrer. Serez-vous cette bougie d’allumage?

Ruba Ghazal
Députée de Mercier et porte-parole de Québec solidaire en matière d’Éducation

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