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Procès 12 ans plus tard: deux policiers auraient feint d’exécuter un itinérant

Patrick Guay et Pierre-Luc Furlotte

PHOTO MARTIN ALARIE

Patrick Guay et Pierre-Luc Furlotte

Deux patrouilleurs de la police de Montréal qui sont accusés d’avoir déplacé de force un itinérant à l’autre bout de la ville après l’avoir menotté et mis un sac sur la tête auraient ensuite feint de l’exécuter, avec leur arme de service, sur le bord de la route.

«J’ai entendu le déclic d’une arme à feu derrière ma tête, ils faisaient des blagues en se demandant c’était au tour de qui de tirer, qu’ils se débarrassaient des itinérants comme ça. J’étais à genou avec le sac sur la tête, accoté à l’autopatrouille, je ne voyais rien», a témoigné Tobie-Charles Angers-Levasseur, ce lundi au palais de justice de Montréal.

L’itinérant de 37 ans témoignait au procès de Pierre-Luc Furlotte et Patrick Guay, deux policiers suspendus accusés de l’avoir séquestré, frappé et menacé.

Selon la preuve de la Couronne, les crimes sont survenus en mars 2010, alors que M. Angers-Levasseur s’était fait interpeller au centre-ville de Montréal.

«Oh regarde donc, c’est Toby», aurait dit un policier en reconnaissant le sans-abri.

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Traité de «vidange»

Des moqueries s’en seraient suivies, tandis qu’un autre policier aurait tenté d’écrire quelque chose sur le front de la victime.

«Ils me traitaient de vidange, un d’eux a dit “tu t’es pas encore suicidé”?, des policiers parlaient de se débarrasser de moi, a affirmé le témoin. Je suis habitué à entendre ces commentaires de leur part.»

Malgré la situation, M. Angers-Levasseur a expliqué que sa plus grande crainte était de se faire donner une «ride», c’est-à-dire quand des policiers l’embarquent et le déposent à l’autre bout de la ville, sans rien, avant d’être abandonné à lui-même.

Tobie-Charles Angers-Levasseur

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Tobie-Charles Angers-Levasseur

Ce genre de pratique est interdite et dans le passé, des policiers ont déjà été sanctionnés en déontologie pour avoir agi ainsi.

Or, c’est exactement ce qui serait arrivé, selon la preuve de la Couronne. Mais juste avant, Furlotte et Guay auraient pris le soin de l’asperger de nettoyant à vitre «pour l’odeur» et lui mettre un sac poubelle sur la tête.

«Je sais pas si c’était le stress, mais j’avais l’impression d’avoir de la misère à respirer», a dit le témoin.

Simulacre d’exécution

Durant le trajet où les policiers Furlotte et Guay auraient fait des manœuvres brusques, l’itinérant aurait continué à être encouragé à mettre fin à ses jours. Puis, quand le véhicule s’est arrêté, l’itinérant dit avoir été placé à genoux, la tête face à la voiture.

Pierre-Luc Furlotte

PHOTO MARTIN ALARIE

Pierre-Luc Furlotte

«T’aurais dû nous écouter avant de quêter et de venir dans le quartier [du centre-ville]», aurait alors dit un des accusés, juste avant que ne se fasse entendre le bruit d’un pistolet en train d’être chambré, dans tout ce qui à l’air d’un simulacre d’exécution.

Finalement, les deux policiers auraient libéré M. Angers-Levasseur avant de déguerpir. Démuni et sans savoir qu’il se trouvait sur la voie de service de l’autoroute 40 à Kirkland, dans l’ouest de l’île, l’itinérant a tenté d’obtenir de l’aide de passants avant de trouver une cabine téléphonique et d’appeler le 911.

M. Angers-Levasseur avait alors porté plainte, mais les affaires internes de la police de Montréal avaient choisi de passer l’éponge. C’est lors d’une révision du dossier par une équipe externe, en 2018, que les agents Furlotte et Guay ont été accusés.

Les agents de 40 et 37 ans sont depuis suspendus.

Le procès, devant la juge Geneviève Graton, est prévu pour une durée de deux semaines. En plus du témoignage de l’itinérant, la Couronne compte déposer en preuve une documentation volumineuse, dont des registres d’appels de policiers, ainsi que des analyses de tours cellulaires, afin de prouver que les accusés avaient bel et bien commis les crimes qui leurs sont reprochés.

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