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«Safe spaces» pour racisés: une ségrégation revancharde et nuisible

Smiling multiracial groupmates smiling posing for picture

Photo Adobe Stock

Alors qu’on observe une certaine obsession de la race dans notre société, un organisme de diffusion spécialisé en danse au Québec et basé à Montréal a lancé une invitation pour le moins choquante: désireuse de créer un «espace invitant» pour les PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur), elle exclut les «Blancs» de la représentation d’un de ses spectacles. 

L’invitation à ce spectacle de danse est ainsi lancée sur le site web de l’organisme: «La soirée du 28 novembre, réservée aux PANDC, a pour volonté de créer un espace invitant. En appuyant la demande des artistes, Tangente souhaite créer un espace de discussion et de partage sécuritaire entre PANDC après la représentation (...)». 

La question se pose : que sous-entend l’organisme en indiquant vouloir créer un espace invitant pour les minorités? Que la présence de «Blancs» pourrait rendre cet espace hostile? Qu’ils pourraient être dangereux dans cet espace qu’on veut sécuritaire? Et exclure des concitoyens d’un événement culturel en raison de leur couleur de peau, n’est-ce pas là une forme de racisme? 

Des relents de ségrégation raciale 

L’an dernier, une affaire semblable avait fait grand bruit en France. Une organisation étudiante, l’Union nationale des étudiants de France (Unef), avait confirmé que des «réunions non mixtes racisées», un autre nom donné aux «safe spaces», avaient lieu en son sein. Plusieurs personnalités politiques avaient condamné avec force cette pratique qu’elles jugeaient discriminatoire. Un député avait même déposé une plainte pour discrimination raciale contre cette organisation. 

Il est en effet inconcevable qu’une certaine gauche tente de normaliser l’inacceptable sous couvert de combattre des injustices. Selon nous, l’idée selon laquelle chacun de nous appartient à un groupe défini par son genre, sa race ou son ethnicité, que nos opinions peuvent être prédites selon le groupe auquel on est «rattaché», et que la justice ne peut être pensée qu'en fonction de la moyenne relative de chaque groupe est à la base de la ségrégation raciale qui a longtemps sévi dans le sud des États-Unis. 

Ainsi, même des entreprises au Québec commencent à s’adonner à ces pratiques dans le cadre de programmes d’équité, de diversité et d’inclusion (EDI). Dans un rapport publié l’an dernier par Deloitte, une firme comptable réputée ayant un siège social à Montréal, une mesure proposée parmi d’autres pour lutter contre le racisme se lit comme suit: «Réservez un espace dans lequel vos collègues noirs pourront échanger en tant que groupe et guérir en toute discrétion (...)». Quel que soit le prétexte, il ne devrait pas être permis de pratiquer une ségrégation basée sur l’origine ethnique des employés dans leur milieu de travail. 

Préservons la paix sociale 

Le Québec n’est pas un état colonial et cette dynamique d’oppresseur et d’oppressé ne correspond en rien à notre réalité où la plupart des citoyens font partie de la même classe moyenne. Cette vision américanisée de notre société brise les ponts que nous avons réussi à bâtir pour que chacun puisse s’épanouir. Certes, des défis subsistent en matière de discrimination envers les minorités, mais ce n’est pas en créant de la ségrégation revancharde envers les Québécois à la peau blanche que nous allons progresser, bien au contraire. 

Afin de préserver le vivre-ensemble, l’ouverture à l’autre et le dialogue ne devraient-ils pas être au cœur des démarches entre les divers groupes de la société? L'inconvénient de ces «safe spaces» réside entre autres dans leur utilisation pour exclure afin que la critique, les opinions contraires et les analyses alternatives ne soient pas confrontées, mais interdites. Ces espaces limitent les nécessaires dialogues démocratiques en créant de nouvelles chambres d’écho. À ce propos, une étude réalisée sur les «safe spaces» par un ancien professeur de psychologie et d'études afro-américaines à Harvard, Jim Sidanius, décédé l'an dernier, avance que plus des gens se sentent en sécurité au sein d'un groupe, plus ils sont hostiles à ceux qui n’en font pas partie. 

Une société qui se veut inclusive ne devrait en aucun cas tolérer de telles pratiques qui mettent à risque la paix sociale, et encore moins d’un organisme dont l’un des partenaires institutionnels est le gouvernement du Québec. Il y a fort à parier que lutter contre le racisme par le racisme ou diviser les Québécois par race et couleurs de peau nous éloignera les uns des autres. Nous valons mieux que ça au Québec. 

Photo fournie par Murielle Chatelier

Murielle Chatelier, présidente et cofondatrice de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR)

Stephan Fogaing, cofondateur de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR)

Frédéric Bastien, cofondateur de l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR)

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