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Appel de candidatures controversé: un professeur porte plainte contre l'Université Laval

Un autre appel de candidatures pour une chaire de recherche à l'Université Laval, à Québec, sème la controverse en raison des critères de sélection qui excluent les hommes blancs.

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Un professeur d’histoire au Collège Dawson, à Montréal, se désole de ne pas avoir pu postuler pour un poste de titulaire à la Chaire de recherche du Canada en histoire, puisque seules les candidatures de femmes, d’Autochtones et de personnes appartenant aux minorités visibles ou en situation de handicap étaient acceptées.

«J’ai toutes les qualifications. J’ai un doctorat, un postdoctorat, j’ai des publications scientifiques, et là, d’entrée de jeu, on me dit qu’à cause de ma race, à cause de mon sexe, bien je ne peux pas postuler. Je suis renversé qu’au 21e siècle on soit revenu à des critères comme ça...», déplore Frédéric Bastien.

Le professeur a décidé de porter plainte contre l’Université Laval et le Programme des chaires de recherche du Canada devant les Commissions québécoise et canadienne des droits de la personne.

«On ne combat pas la discrimination en utilisant d’autres discriminations, ce n’est pas comme ça qu’on va amener des changements dans notre société», souligne-t-il.

En mars dernier, un autre appel de candidatures de l'Université Laval pour une chaire de recherche du Canada en biologie qui excluait aussi les hommes blancs avait beaucoup fait réagir. L'établissement assure qu'il ne s'agit pas d'un choix.

«L’Université Laval, comme toutes les autres universités au Canada, est tenue aux exigences du Programme des chaires de recherche du Canada du fédéral, parce que ces chaires-là sont financées par le gouvernement fédéral», explique la directrice adjointe à direction des communications, Andrée-Anne Stewart. «À l’Université Laval on a des valeurs d’équité, diversité et inclusion qui nous sont chères et on essaie vraiment de représenter l’ensemble de la communauté...»

La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascal Déry, se dit en désaccord avec les critères imposés par le gouvernement fédéral. 

«Il est inadmissible d’exercer une politique de discrimination qui vient exclure des candidats potentiels. Nous favorisons un processus basé sur les aptitudes et privilégions les candidatures de personnes issues de minorités lorsque celles-ci sont de compétences égales. Rappelons que l’octroi de financement aux Chaires de recherche du Canada est associé à des critères d’équité, de diversité et d’inclusion fixés par le fédéral, sans quoi l’argent n’est tout simplement pas alloué», écrit-elle.

Depuis 2017, les universités canadiennes doivent en effet atteindre les cibles fixées par Ottawa pour accroître la représentativité des groupes sous-représentés. 

«Le Programme des chaires de recherche du Canada n’exclut personne et, en fait, se veut inclusif. C’est justement pour cette raison que des mesures ont été prises par le programme pour assurer une représentation qui corresponde à celle de la population», affirme Valérie Laflamme, vice-présidente au Secrétariat des programmes interorganismes à l'intention des établissements. «C’est un mécanisme de correction pour répondre à une question de sous-représentation qu’il peut y avoir.»  

La réaction d’une professeure dénoncée

M. Bastien dénonce aussi la réponse d’une professeure de l’Université Laval à ses plaintes. Dans un message publié sur Twitter, Sule Tomkinson a écrit: «Je vous souhaite à tous de commencer votre semaine avec l’état d’esprit d’un homme blanc médiocre qui est convaincu qu’il mérite une chaire de recherche du Canada, alors qu’il n’a publié que quelques livres non évalués par des pairs». Le message a été retiré depuis.

«Je ne comprends pas qu’une professeure de Science politique à l’Université Laval utilise ce genre d’arguments là. On peut avoir des désaccords, on peut discuter de ma plainte, ça c’est tout à fait légitime, mais pourquoi s’attaquer aux gens en vertu de la couleur de leur peau et en vertu de leur sexe», dit M. Bastien, qui affirme par ailleurs que certaines de ses publications ont été évaluées par des pairs, contrairement à ce que soutient la professeure dans son message.

L'Université Laval dit avoir discuté avec sa professeure sans toutefois donner plus de détails sur leur échange. Elle assure qu'elle «prône le respect même lors d'interventions exprimées librement» et que l'Université Laval «se veut un lieu où toutes les voix peuvent être entendues et où différents points de vue peuvent être soumis et débattus dans un esprit d’inclusion, de respect et de dignité». L'établissement assure que si des plaintes sont reçues, elle seront traitées selon les mécanismes en place. 

Par courriel, Mme Tomkinson affirme être désolée que M. Bastien se soit senti visé par son Tweet. 

- Avec les informations de José Laganière

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