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Victimes du pasteur Guillot condamné à 8 ans de prison: le combat n'est pas terminé

Après des années de calvaire vécues aux mains de Claude Guillot et un long processus judiciaire, les victimes du pasteur sont soulagées d’enfin pouvoir regarder vers l’avant, leur tortionnaire étant maintenant derrière les barreaux.

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«Victoire», «soulagement», «délivrance». Les victimes du pasteur Guillot ont franchi une étape importante de leur guérison jeudi en voyant leur bourreau prendre le chemin des cellules pour les huit prochaines années.

«Je suis content de voir que ce gars-là est placé hors d’état de nuire, qu’il ne pourra plus abuser d’autres enfants», a souligné l’un des plaignants, Josh Seanosky, insistant que c’était en quelque sorte le retour du balancier pour l’homme de 72 ans.

«Il nous a confinés, il nous a séquestrés, il nous a martyrisés, il nous a torturés, c’est à son tour maintenant de perdre sa liberté et de vivre les conséquences de ce qu’il a fait.»

«En fin de compte, on va avoir réussi», ajoute Michael Dionne.

Lourdes séquelles

Pour Marc Levasseur, la journée de jeudi s’inscrit dans un processus de guérison qui se poursuivra, mais qui chemine.

Marc Levasseur et Michael Dionne (arrière-plan), victimes du pasteur Claude Guillot après le prononcé de la peine le 1er décembre 2022.

Photo Pierre-Paul Biron

Marc Levasseur et Michael Dionne (arrière-plan), victimes du pasteur Claude Guillot après le prononcé de la peine le 1er décembre 2022.

«Ça fait des années qu’on est tous en thérapie. Le procès a été extrêmement long, couteux, pénible, mais à travers ça, on a grandi. La sentence vient fermer ce bout-là. C’est une victoire», a témoigné celui qui garde des séquelles de son passage à l’École baptise La Bonne Semence de Victoriaville.

Le juge Christian Boulet a d’ailleurs reconnu ces lourdes conséquences qui meublent toujours la vie des victimes de Guillot des années plus tard. Citant le docteur Sylvain Faucher qui a expertisé les plaignants, le magistrat a rappelé le syndrome de stress post-traumatique qui leur a été diagnostiqué.

Idées suicidaires, cauchemars, flashbacks constants, névrose, anxiété, panique, hypervigilance, dépression, difficultés relationnelles, la liste des contrecoups du passage de Guillot dans leur existence est longue.

«Je souhaite pouvoir être capable de retrouver une vie normale. De pouvoir prendre soin de moi-même, ma femme et mes deux enfants. [...] Je ne veux plus me définir par Claude Guillot, je veux regarder en avant et construire», a tout simplement souhaité Josh Seanosky.

Josh Seanosky, l'une des victimes du pasteur Claude Guillot après le prononcé de la peine le 1er décembre 2022.

Photo Pierre-Paul Biron

Josh Seanosky, l'une des victimes du pasteur Claude Guillot après le prononcé de la peine le 1er décembre 2022.

Recours collectif

Le dossier au criminel étant maintenant clos, les victimes doivent se tourner vers le recours collectif qu’elles ont déposé contre le pasteur Guillot, les églises baptistes de Québec et de Victoriaville ainsi que leur association provinciale.

Malgré le fait que cette autre procédure entraînera forcément d’autres délais avant de pouvoir officiellement tourner la page sur ce chapitre difficile de leur vie, les demandeurs ont bien l’intention d’aller jusqu’au bout.

«On va aller chercher tout ce qu’on peut et poursuivre ceux qui l’ont soutenu pour ne plus que ça se reproduise», confie Jonathan Seanosky.

La demande introductive d’instance a été déposée dans ce dossier et les victimes attendent la mise au rôle du dossier «à partir de juin 2023» ont-ils précisé. «On est dans la longueur des paperasseries, mais ça avance quand même bien et on est confiants», souligne Marc Levasseur.

Des pressions pour faire modifier le Code criminel

En plus d’avoir témoigné durant le procès criminel et d’intenter un recours collectif contre le pasteur et les églises baptistes de Québec et Victoriaville, les victimes de Claude Guillot mènent un combat politique pour la modification d’un article du Code criminel qui permet les châtiments corporels.

En marge du prononcé de la peine jeudi matin, des victimes de Guillot ont interpellé le premier ministre Justin Trudeau pour demander au gouvernement d’abroger l’article 43 du Code criminel.

Article 43 :

Tout instituteur, père ou mère, ou toute personne qui remplace le père ou la mère, est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances.

Dans leur plaidoyer en 20 points, les victimes rappellent que le Code criminel a aboli l’usage du châtiment corporel envers des adultes en 1972, mais que cette faille le permet pour des enfants, déjà vulnérables.

«C’est incroyable que ce soit encore là. Ça crée deux classes de citoyens. Je donne une claque à un adulte, c’est un voie de fait. Si je donne une claque à un enfant, mais que je dis que c’est un moyen éducatif, tout à coup, c’est une correction et c’est protégé par cette loi-là», s’indigne Marc Levasseur, qualifiant le tout de législation «arriérée».

Claude Guillot avait d’ailleurs invoqué cette disposition du Code criminel dans sa défense ont rappelé les victimes jeudi. «Je souhaite de tout cœur que toute cette histoire- serve à faire avancer la société et qu’on protège davantage les enfants et que plus jamais des enfants au Québec et au Canada ne vivent des choses comme ça», a ajouté Josh Seanosky.

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