/news/law

Sept années de «terreur»: une peine de neuf ans demandée pour un oncle qui a violé sa nièce

Pierre-Paul Biron

Une victime d’inceste a témoigné vendredi des conséquences des sept années passées «à se faire détruire» chaque fois que son oncle Gaston Auger abusait d’elle et pour lesquelles la couronne réclame une peine sévère de neuf ans d’emprisonnement. 

D’abord protégée par une ordonnance de non-publication empêchant de l’identifier et qui a depuis été levée à sa demande, Nancy Bibeau a choisi de faire face à celui qui lui a fait vivre l’enfer.

Âgée de 9 ans au début des agressions alors que son oncle Gaston, le jeune frère de sa mère, en avait 16, la femme a tenu à raconter lors des observations sur la peine le lourd fardeau qu’elle a traîné toute sa vie. Une honte qui s’est maintenant «déposée sur les épaules de celui qui aurait toujours dû la porter».

«J’étais une enfant de 9 ans, sans défense. J’étais une petite fille figée dans sa terreur», a évoqué avec émotion la femme aujourd’hui âgée de 51 ans à propos des agressions qui se déroulaient dans la résidence de sa grand-mère, où l’accusé habitait et où ses propres parents la forçait à dormir dans le même lit lors de visites familiales.

Agressée chez ses grands-parents

Plus de 40 ans après le début des agressions, Nancy Bibeau se décrit comme une femme toujours brisée. Diagnostiquée avec un «trouble de personnalité asociale schizoïde évitant», elle a expliqué vivre «en huis clos avec son conjoint» en raison de ses difficultés à connecter avec les autres.

«Je n’ai pas confiance en moi, elle a été détruite par Gaston Auger et par mes parents», a-t-elle insisté. «Ils l’ont égrainée au fil des années.»

Et en bout de course, la situation aura fait éclater la famille entière, menant la victime à croire «qu’il n’y aura jamais de fin à la souffrance».

«Ma grand-mère s’est suicidée d’une balle dans la tête dans la chambre de Gaston. La chambre des horreurs, la chambre où mes agressions ont eu lieu», a confié Nancy Bibeau.

Gaston Auger avait été reconnu coupable d’accusations sexuelles et d’attentat à la pudeur en juillet 2022 par le juge Sébastien Proulx.

La femme avait été agressée pendant des visites chez ses grands-parents, subissant au départ des attouchements avant d’être victime d’agressions complètes de son oncle qui est sept ans plus âgé qu’elle. Gaston Auger avait d’ailleurs été condamné pour un viol collectif sur une adolescente en 1983, ce qui doit être pris en considération dans la décision sur la peine estime la procureure de la Couronne Me Laura Plamondon-Dufour.

«En ayant un antécédent en semblable matière à la même époque, monsieur devait bien se douter que ces comportements-là auraient des conséquences pour lui, mais pourtant, il a persisté dans ses comportements envers M. Bibeau», a exposé la procureure, qualifiant la peine de 9 ans réclamée de sévère et dissuasive, mais juste.

3 à 4 ans pour la défense

En défense, l’avocat Mario Bilodeau a plaidé au juge Proulx qu’une peine de détention de trois à quatre ans serait à propos, d’autant plus que le jugement au civil rendu en août 2021 et qui octroie 800 000$ à la victime répare déjà une part des préjudices subis (voir texte ci-bas).

«Je crois que vous devez considérer ce jugement en dédommagement dans la détermination de la peine», a soumis l’avocat de Gaston Auger au magistrat, ajoutant que son client menait depuis les infractions une vie «conforme aux normes sociales».

«Nous croyons que la réhabilitation de l’accusé est acquise au moment du prononcé de la peine», estime Me Bilodeau.

Le juge Sébastien Proulx doit rendre sa peine le 14 avril prochain. L’accusé a déjà porté en appel la décision sur sa culpabilité.

Un jugement au civil qui fait jurisprudence

La décision du juge de la Cour supérieure Bernard Jolin et qui condamne Gaston Auger et les parents de la victime à verser 800 000$ à cette dernière était une première au Québec.

Dans sa décision civile rendue en août 2021, le magistrat décrivait les parents de Nancy Bibeau, Gemma Auger et Raymond Bibeau, comme des complices des agressions de son oncle par leur insouciance et le fait qu’ils avaient «abdiqué» leur responsabilité de protéger leur fille. Surtout que Gaston Auger avait été dans la même période condamné pour un viol collectif sur une adolescente.

«Un adulte raisonnable placé dans les mêmes circonstances aurait su que contraindre [la victime] à partager le lit de [l’accusé] l'exposait au risque que ces abus se produisent», avait établi le juge Jolin.

Cette décision est portée en appel par l’accusé, tout comme le jugement de culpabilité prononcé au criminel par le juge Sébastien Proulx.

«J’ai été confronté à son déni perpétuel et maintenant il continue avec ses procédures d’appel», a décrié Nancy Bibeau dans son témoignage dans le cadre des observations sur la peine vendredi.

Extraits du témoignage de la victime

«Les dommages qui perdurent encore aujourd’hui se sont aggravés avec chaque abus. Comment pouvait-il continuer sur une petite fille figée?»

«Je n’ai pas voulu avoir d’enfants sans comprendre pourquoi, parce que j’aime beaucoup les enfants. [J’ai] réaliser plus tard, à la suite de ma thérapie, que c’était un instinct de protection qui s’était installé en moi.»

«J’ai de la colère et je dois la gérer, mais la justice pourra peut-être faire comprendre à mon oncle incestueux, violeur et agresseur le mal et les dommages qu’il a faits. C’est 7 ans de gestes, mais une vie de souffrance.»