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Une infirmière suspendue pour avoir mangé une toast au beurre d’arachide

Une infirmière d’un CHSLD de Longueuil est suspendue trois jours sans salaire en pleine pénurie de main-d’œuvre pour vol parce qu’elle a mangé... une toast au beurre d’arachide. 

L’infirmière en question, qui a souhaité garder l’anonymat par peur de représailles, s’est fait une toast le matin du 2 octobre dernier, au Centre d’hébergement du Chevalier-De Lévis, à Longueuil. 

Dans la lettre de suspension datée d’hier, obtenue par Le Journal, on peut lire que ce vol de nourriture destinée aux résidents constitue «un manquement grave à vos obligations de loyauté et d’honnêteté», écrit la direction des soins infirmiers du centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS). 

«Vos manquements ont des conséquences négatives importantes tant sur la réputation de l’établissement que sur votre crédibilité professionnelle ainsi que sur la qualité des services offerts à notre clientèle», lit-on plus loin.

La présidente locale de la FIQ pour la Montérégie-Est, Brigitte Petrie (au centre sur la photo), est allée poser un geste symbolique au bureau du président-directeur général du CISSS de la Montérégie-Est cet après-midi : elle souhaitait lui remettre deux pains tranchés pour que les infirmières puissent manger sans risquer une suspension.
Toutefois, les employés administratifs étaient absents, vendredi après-midi.

Photo Chantal Poirier

La présidente locale de la FIQ pour la Montérégie-Est, Brigitte Petrie (au centre sur la photo), est allée poser un geste symbolique au bureau du président-directeur général du CISSS de la Montérégie-Est cet après-midi : elle souhaitait lui remettre deux pains tranchés pour que les infirmières puissent manger sans risquer une suspension. Toutefois, les employés administratifs étaient absents, vendredi après-midi.

Pas eu le temps de manger

On a rencontré l’employée à ce sujet le 3 novembre dernier, pour obtenir sa version des faits. Selon la lettre, l’infirmière a admis avoir mangé la toast puisqu’elle avait «mal à l’estomac» et n’avait pas eu le temps de déjeuner avant de venir travailler. Elle aurait aussi mentionné « ne pas savoir » que c’était interdit. 

«Je trouve ça épouvantable, pour une toast, réagit Brigitte Petrie, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui représente les infirmières de la Montérégie-Est. Elle était sûrement plus efficace après avoir mangé sa toast...» 

«Je ne dédouane pas le fait de prendre du matériel. Mais un avis verbal aurait peut-être été suffisant, dit-elle. Que tu voles une miette de pain ou des médicaments, c’est le même bateau.»

CHSLD Chevaliers-de-Lévis

Photo Chantal Poirier

Selon la FIQ, il y a souvent des tranches de pain à la portée des employés dans les CHSLD, au cas où des résidents auraient faim. Les infirmières doivent même parfois en jeter, parce que le pain devient périmé. 

C’était la première fois que cette infirmière se faisait avertir pour un tel comportement, assure son syndicat. La jeune employée, qui n’a que deux ans d’ancienneté, pense même démissionner, nous dit-on. 

«Elle a été très brassée, avoue Mme Petrie. C’est une gestion très coercitive. [...] On est vraiment offusqués de ce genre de gestion là, en pleine crise.»

  • Écoutez l'entrevue de Guillaume Lavoie avec Brigitte Petrie, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Est. sur QUB radio :

Qui va la remplacer?

Ainsi, l’infirmière sera suspendue sans salaire les 5, 9 et 11 décembre prochains. 

«Ils vont la remplacer avec des infirmières imaginaires», ironise Mme Petrie, qui hésite entre rire ou pleurer devant cette situation. 

En cas de récidive, le CISSS écrit même qu’un congédiement pourrait être envisagé. 

 Écoutez la rencontre Latraverse-Dumont avec Emmanuelle Latraverse sur QUB radio : 

Le syndicat compte bien contester cette mesure disciplinaire, mais le processus prendra probablement des années à se régler, avoue Mme Petrie. 

Au moment de publier, la direction du CISSS de la Montérégie-Est n’avait pas répondu au Journal

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