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Français: dépasser le «panier bleu» linguistique

Qu'un ministre du gouvernement du Québec plaide en faveur d'un «réveil national» quant à l'avenir du français au Québec a de quoi plaire au #mononc101 que je suis.

Nous nous sommes effectivement endormis dans des dernières décennies dans notre rapport à notre langue et le nouveau ministre responsable, Jean-François Roberge, a raison de lancer cet appel.

Médium

Notre torpeur est en grande partie le résultat d'un changement de médium dominant. Et comme Marshall McLuhan le disait, «le médium, c'est le message».

Près de 30 ans de développement de l'Internet, des médias sociaux, des plateformes numériques (musique et images) ont fini par transformer notre rapport à la langue, jadis forgé par des médias de masse (journaux, télé, radio).

Dans les années 1990, Pierre Lévy, auteur entre autres de «Qu'est-ce que le virtuel?», avait prédit que l'ère qui s'ouvrait pourrait bien déboucher sur un «universel sans totalité».

Une grande toile mondiale d'information allait relier les humains, avais-je compris ; mais aucune culture ne pourrait en venir à dominer cette même toile utopique, puisqu'elle aurait des ramifications, justement, dans toutes les cultures.

Moins trois décennies plus tard, la culture anglo-américaine s'avère impériale. Elle tend à devenir une «totalité». C'est «L'Empire invisible», pour reprendre le titre de l'essai éclairant de Mathieu Bélisle: «L'humanité tout entière se trouve aujourd'hui engagée dans un devenir-américain dont personne n'a encore vu la fin.»

L'anglais y domine. Et au Canada anglais, même les dénonciateurs fiévreux de toutes les dominations refusent de la voir et de l'admettre. Tout acte de résistance des Québécois est susceptible d'être condamné par eux comme un rejet nauséabond de la «diversity».

« Achat chez nous »

Comment faire face à ce rouleau compresseur? Comment se réveiller et survivre?

Dans ses premières propositions, M. Roberge a semblé réduire le sursaut qu'il souhaite à une campagne de type «achat chez nous»: «Il faut que chaque Québécois se demande : est-ce que je suis en train de choisir un livre en français ? [...] d’écouter une émission en français [...] de consommer de la culture en français?».

Il faisait ainsi des Québécois francophones les uniques responsables de ce réveil. Il est certes important de prendre conscience que l'empire est invisible précisément parce qu'il donne l'impression qu'on l'a librement choisi. Mais la logique de «panier bleu linguistique» risque d'avoir une efficacité limitée.

On me rétorquera que le gouvernement a tout de même fait son effort déjà, en faisant adopter la loi 96, qui aura sans doute certains effets positifs. Mais le premier ministre, dans son discours d'ouverture mercredi, a eu l'honnêteté d'admettre que ce geste «n’est pas suffisant. On ne doit pas en rester là».

Il avait toutefois peu de solutions supplémentaires à proposer, à part d'augmenter le nombre d'étudiants étrangers dans les établissements francophones, ce qui ne saurait être une panacée. Au moins ils ne qualifient plus d'«extrémistes» ceux qui plaident pour l'application de la loi 101 au niveau collégial. C'est déjà ça de pris.

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