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Début du procès: Le tramway, «un viol», selon une opposante

Le projet de tramway et les expropriations qu’il prévoit sont comme «un viol», a témoigné lundi une opposante devant la cour, dans un avant-midi qui a été fort en rebondissements et où on a évité de peu une suspension de plusieurs mois.

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La journée de lundi est consacrée aux témoignages des personnes appelées à la barre par l’avocat du groupe Québec mérite mieux (QMM), Guy Bertrand. 

Le premier témoin, Dorys Chabot, a exposé les raisons de son implication contre le tramway. Elle a d’emblée assuré qu’elle n’est pas contre un réseau structurant à Québec. Pour elle, le tramway est «le choix le plus destructeur pour l’humain, pour la vie». 

«À genoux»

«C’est pas normal que la ville va nous museler. Nous sommes à genoux, les mains dans le dos attachées, on nous prend nos terrains sans notre consentement. C’est un viol. On est dépouillés de nos biens. On a travaillé toute notre vie. On ne peut pas se permettre de perdre le travail d’une vie.» 

Mme Chabot, résidente du boulevard René-Lévesque, s’inquiète énormément du sort des arbres, dont 1584 seront abattus le long du tramway. Elle perdra aussi une partie de terrain qui va jusqu’à sa galerie ainsi que son stationnement «pour ma voiture électrique», a-t-elle déclaré en cour. Elle craint les conséquences sur les commerçants ainsi que la création d’îlots de chaleur. 

«On passe un train dans nos vie. Ça fait 25 ans que je reste là. Même si on le peinture en vert, ça demeure un train. Les conséquences sur l’humain vont être désastreuses.» 

L’autre porte-parole de QMM, Donald Charette, a déploré que la population ait été «trompée» par les politiciens, dont Régis Labeaume. Il indique que son action au sein de QMM ne vise pas à s’opposer au transport structurant. «On s’en remet beaucoup au rapport du BAPE ce qu’il disait : le tramway tel qui n’est pas présenté n’est pas le bon projet.» 

Suspension évitée

Par ailleurs, Me Guy Bertrand a sorti un lapin de son chapeau, lundi, avec des allégations de conflit d’intérêts impliquant la Caisse de dépôt et placement, Alstom et un expert, ce qui a pris par surprise le juge, qui a avisé que le tout pourrait causer une suspension du procès. 

L’avocat de Québec mérite mieux, qui plaide l’illégalité du projet de tramway, a apporté une nouvelle pièce qui n’avait pas été déposée préalablement en cour. 

Celle-ci, un article du Journal, rapporte l’investissement de près de 5 milliards $ de la Caisse dans Alstom. L’avocat tente de démontrer qu’il existerait un conflit d’intérêts impliquant un expert français, Jean-Marc Charoud, qui avait conseillé à l’époque le gouvernement et conclu que le mode du tramway était le bon et qui siège aujourd’hui au C. A. de la Caisse.

Les parties défenderesses ont apporté des objections, le juge Clément Samson a avisé que cette surprise pouvait causer un report du procès, qui doit normalement durer cinq jours seulement, étant donné «l’urgence». 

«Il faut que ce soit allégué pour éviter de prendre une partie par surprise. Le tribunal n’est pas une commission d’enquête pour pitonner pour aller chercher de la preuve. Pensez-y», a avisé le juge. «C’est une affaire délicate. J’ai beaucoup de réserve à accueillir un amendement. Si c’est le cas, il y aura une suspension du procès et on se donne rendez-vous quelque part en 2023.» 

Au bout d’une pause de quelques minutes, les parties ont convenu d’accepter le dépôt de l’article du Journal, mais la Ville de Québec et le gouvernement du Québec ont déjà avisé qu’ils n’admettaient que «l’origine et l’intégrité» de la pièce et qu’ils auraient des objections ultérieurement. 

Échanges corsés

Les échanges ont été corsés entre les deux parties. Les opposants au tramway utilisant des termes comme «mensonges», «tromperie», «mauvaise foi», et les représentants de la Ville et du gouvernement taxant les premiers de faire dans la «théorie du complot». 

Par ailleurs, les réactions audibles des gens réunis dans la salle, majoritairement acquis à la cause de QMM, ont irrité l'avocat de la Ville, qui a demandé au juge de faire respecter un peu de décorum.

Ce à quoi le magistrat a consenti tout en rappelant que la prérogative lui revient de gérer la salle.

«Je demanderais aux gens de garder leur réaction pour eux, a-t-il enjoint. Je comprends que les questions pourraient être choquantes pour les gens qui ont à cœur leur coin de quartier. Des fois l’émotion peut l’emporter.»

Experts

En après-midi, l’experte en transport et en aménagement urbain Fanny Tremblay Racicot est venue exposer son opinion professionnelle à l’effet que le tramway est «injustifiable et inacceptable». À son avis, il ne permet pas de rencontrer les objectifs de réduction des GES à court terme. 

Selon elle, l’étude d’opportunité pour le projet est «tronquée, biaisée et incomplète» puisqu’elle n’a pas tenu compte de tous les modes, dont les bus rapides. La décision politique a donc été prise et ensuite justifiée, a-t-elle affirmé. «C’est le modus operandi des projets de transport catastrophiques qu’on a vu dans les dernières années.» 

À une question du juge Samson, Mme Tremblay-Racicot a convenu qu’il n’existe pas de norme au Québec qui précise que tout projet doit toujours rencontrer les analyses coût-bénéfice faites par les experts et la participation citoyenne. 

Par la suite, Clément Gosselin, ingénieur et professeur en mécanique et robotique à l’Université Laval, est venu expliquer que la Ville de Québec «a mis la charrue devant les bœufs» en choisissant la solution du tramway avant d’avoir bien identifié la problématique. «Ce n’est pas conforme à ce qu’on doit faire en ingénierie. [...] C’est une solution désastreuse parce qu’on va en subir les effets pendant des décennies.» 

Il plaide pour un tramway sans rail et sans caténaire qui est selon lui l’avenir.

Il a concédé que son expertise ne lui permet pas de se prononcer sur la légalité du projet de tramway. À quelques reprises, le juge a fait une mise en garde : «Je ne suis pas là pour décider si la décision est bonne ou pas bonne. Je suis ici pour décider si la décision est légale.»

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