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Une victime du pasteur Guillot réclame 5,4 M$

Une des victimes du pasteur Claude Guillot réclame 5,4 M$ à des institutions et dirigeants baptistes pour leur «inaction», leur «négligence crasse» et leur «complicité» face aux violences perpétrées durant 13 ans par le religieux à son endroit. 

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pasteur tortionnaire

Photo d'archives

«N’eut été des comportements hautement répréhensibles des défendeurs, qui ont mené à plusieurs fautes civiles distinctes, le défendeur ne serait pas détruit comme il l’est aujourd’hui», écrit Josh Seanosky, dans sa poursuite déposée lundi matin, au palais de justice de Québec. 

Josh Seanoky est l’une des victimes reconnues du pasteur Claude Guillot, 72 ans, condamné jeudi dernier à huit ans de pénitencier pour avoir imposé des sévices physiques et psychologiques à cinq jeunes qu’il avait sous sa garde. 

Le jeune homme est devenu pensionnaire dès l’âge de 8 ans à l’église-école clandestine que dirigeait Claude Guillot dans son sous-sol de Sainte-Foy. Il y est demeuré jusqu’à ce qu’il s’évade et alerte les policiers, en 2014. Il avait alors 21 ans. 

Durant toute cette période, «Josh a fait l’objet d’agressions physiques, d’abus psychologiques, de harcèlement criminel et sexuel», peut-on lire dans la requête introductive d’instance de 51 pages. 

Josh Seanosky réclame conjointement 4,7 M$ à l’Association des églises baptistes évangéliques du Canada, à l’Association d’Églises baptistes Évangéliques au Québec, au Séminaire baptiste évangélique du Québec ainsi qu'aux Églises baptistes de Victoriaville, Chauveau et Québec-Est. 

Il accuse ces organisations d’avoir fait la promotion de la violence ou de s’être rendues « complices » des abus commis par Claude Guillot en ne le dénonçant pas aux autorités policières, alors qu’elles avaient la connaissance ou devaient avoir connaissance de cette violence. 

Il réclame aussi 100 000$ personnellement à l’américain Garry Ezzo, qui aurait propagé à partir des années 1980 aux États-Unis une «dérive de violence envers les enfants» et qui se serait associé avec la haute direction des associations baptistes canadiennes et québécoises. 

Dès la fin des années 1980, Ezzo aurait partagé ses enseignements par l’entremise de conférences faisant la promotion d’un mode de violence contre les enfants auprès des adeptes baptistes du Québec. Des livres ainsi que des bâtons de bois et des lanières de cuir pouvait être distribués. 

Ces «principes violents» énoncés par Garry Ezzo auraient été prônés à l’église-école baptiste La Bonne Semence, à Victoriaville, que Claude Guillot a dirigé de 1982 à 1984. Guillot a été congédié de cette école en « en raison des abus démesurés » qu’il faisait subir aux enfants. Personne n’a contacté la police à la suite de ces événements.

Josh Seanosky dénonce la culture de violence, de silence et de complicité entourant cette décision, surtout que Claude Guillot a ensuite été accueilli à l’Église Chauveau, à Québec, où il a gravi les échelons. 

En 1999, l’église baptiste Québec-Est – une église «fille» de Chauveau - aurait implanté dans le sous-sol de Claude Guillot une école clandestine qui prônait «la violence contre les enfants avec un objet contondant». 

C’est là que Josh Seanosky a été «soumis à de mauvais traitements déviants». 

Et encore une fois, personne n’a signalé le pasteur aux autorités compétentes. 

«[L’Église Québec-Est] n’a non seulement jamais dénoncée les abus dont Josh a été victime, mais plusieurs de ses membres ont également participé directement et activement aux nombreuses violences exercées contre les enfants», peste-t-il. 

Il réclame de plus un total de 300 000$ à trois «complices» et administrateurs de l’Église baptiste de Québec-Est soit son père Réal Seanosky, la fille et «bras droit» du pasteur, Isabelle Guillot ainsi que Daniel Jacques, qui n’ont pas non plus dénoncé les abus perpétrés par Guillot. 

Josh Seanosky dit souffrir aujourd’hui d’un choc post-traumatique complexe et d’un trouble de la personnalité. Il est entre autres incapable d’assumer les activités quotidiennes, se sent constamment épuisé et est intolérant à toutes formes de stress. 

Notons que cette poursuite survient alors que Josh Seanosky s’est retiré, en juillet dernier, de l’action collective initiée contre son agresseur et des organisations baptistes. Cette dernière suit son cours.  

Extraits :

«Guillot a fait de Josh une personne isolée, sévèrement limitée dans sa capacité de développer son identité, son autonomie, sa personnalité et sans système de défense, bref à sa merci totale.» 

«Les défendeurs sont responsables conjointement et solidairement des dommages subis par Josh, autant ceux qui ont pratiqué la violence armée, que ceux de la haute direction par leur inaction, leur aveuglement volontaire et leur complicité tacite, que ceux qui ont conçu cette dérive de violence puis en ont fait la promotion et que ceux qui ont fourni les outils de violence ainsi que les armes à ceux qui pratiquaient la violence armée.» 

«Cette dérive a fait de ce milieu un endroit dangereux pour les enfants où un agresseur a été protégé par les institutions de ce milieu au détriment d’enfants, des êtres vulnérables, dont le demandeur, qui eux devaient et méritaient d’être protégés.» 

«Les abus dont Josh fut victime ont été fait au vu, au su et avec l’approbation des membres de [l’Église Québec-Est], dont Guillot était le pasteur principal et le président du conseil. » 

«Cette culture du silence favorise la protection des abuseurs ainsi que la perpétration et la continuation de leurs abus. » 

«Le demandeur a été victime d’un système dont les nombreux acteurs ont échoué lamentablement à leur mission première qui était non seulement d’assurer la protection de l’enfant, mais aussi de garantir le respect de ses droits fondamentaux.» 

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