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Enfants autochtones portés disparus: en mission pour retrouver des enfants... peut-être encore en vie!

Les membres de l’équipe responsable des recherches débarquent d’un petit avion à l’aéroport de Natasquan. La brume sur la Côte-Nord a retardé le départ en provenance de Sept-Îles. Ici, c’est la nature qui domine, qui dicte ses règles. Il n’y a plus de temps à perdre, des familles innues attendent ce moment depuis trop longtemps déjà.  

Au total, 28 demandes de recherche proviennent de la Nation innue, pour retrouver 35 enfants. Dans ce voyage, huit familles seront rencontrées, à Natashquan et à Unamen Shipu, où il est impossible de se rendre en voiture parce qu’il n’y a plus de route. 

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«Les familles ont besoin de savoir qu’on a cherché partout. La transparence c’est la base de la vérité, de la réparation et de la réconciliation», mentionne Florence Dupré, coordonnatrice à la DSF.

Pour retracer l’histoire de vie des enfants disparus, les membres de la Direction du soutien aux familles (DSF), qui fait partie du ministère des Relations avec les Premières nations et les Inuits se tournent vers plusieurs sources. Le directeur de l’état civil sert de tremplin pour les recherches en confirmant, par exemple, des dates de décès et de naissance. 

D’autres documents fournissent de précieuses informations; des dossiers médicaux, des actes de baptême ou de sépulture, et parfois même, des photos d’archives conservées par des communautés religieuses. 

«C’est très rare, mais ce sont des petites perles lorsqu’on réussit à mettre la main sur des photos. On a été capable de reconstituer l’histoire complète de certains enfants, jusqu’à leur décès. Le secret espoir de chacune d’entre nous est de retrouver, éventuellement, des enfants encore vivants», confie Florence Dubré, la coordonnatrice à la DSF. «Nous, notre mandat c’est d’accompagner les familles. On a des sentinelles partout, dans chaque ministère concerné. On fait ça en équipe», poursuit Julie Martel, directrice à la DSF.

«J’ai retrouvé ma sœur après 35 ans, ça se peut qu’il y en ait d’autres», dit Françoise Ruperthouse, directrice d’Awacak.

La directrice de l’organisme Awacak, qui travaille en étroite collaboration avec la DSF, connaît très bien ce sentiment d’avoir perdu un membre de sa famille, et de vouloir le retrouver à tout prix. Elle a retracé son frère et sa sœur près 30 ans après qu’ils aient consultés à l’hôpital d’Amos, en Abitibi-Témiscamingue. Les deux enfants Anicinapek de Pikogan ne sont jamais rentrés à la maison, ils ont plutôt été transférés, sans le consentement des parents, dans un centre hospitalier de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix! 

«Mon frère a vécu jusqu’à l’âge de sept ans. Ma sœur, elle était encore en vie, mais souffrait d'un handicap. Le docteur nous a dit qu’elle n’était pas consciente et que jamais elle ne nous reconnaîtrait. Quand elle s’est réveillée, elle a vu ma mère et l’a appelé maman», relate Mme Ruperhouse, un sanglot dans la voix. La petite Émilie avait été admise à l’hôpital pour une simple piqûre d’abeille. Encore aujourd’hui, elle se questionne sur le sort qui a été réservé à son frère et à sœur arrachés à leur famille.

«Au début, je pensais que nous étions les seuls. J’en ai parlé autour de moi et d’autres familles. Des Atikamekw m’ont témoigné avoir aussi perdu des membres de leurs familles», relate celle qui a mis sur pied, accompagné d’autres membres de familles éplorées, l’organisme Awacak. 

Le but et le rôle d’Awacak, qui signifie "Petit être de lumière" en langue atikamekw, est d’informer et recruter les familles autochtones des quatre coins de la province qui souhaitent aussi se lancer à la recherche de leurs enfants décédés ou disparus après un séjour à l’hôpital. Pour l’instant, seulement la moitié des communautés ont été visitées ce qui laisse entrevoir que le travail est loin d’être terminé.

Des enfants encore en vie?

Des photos d’archives de communautés religieuses prouvent que des enfants ont vécu bien après leur admission à l’hôpital. Les parents étaient alors tenus dans l’ignorance, ou informés à tort que leur enfant était décédé. D’autres recherches tentent de démontrer qu’il y ait eu aussi des cas d’adoption illégitime. 

«Des cas où ce n’est pas clair que la mère a donné son assentiment. Dans ces cas-ci, les enfants pourraient encore être en vie, mais nos recherches ne sont pas encore terminées», explique Anne Panasuk, conseillère spéciale du ministère pour le dossier des enfants disparus.

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