/finance/homepage

Hausse du taux directeur: «Qu’est-ce qui va arriver avec ces gens-là?»

Alors que la Banque du Canada a déjà haussé de façon historique son taux directeur, et qu’une nouvelle hausse pourrait être annoncée demain, plusieurs propriétaires sont au bout du rouleau.

• À lire aussi: Prêts hypothécaires: des milliers de personnes au bord du gouffre

• À lire aussi: Hausse du prix des aliments: 1000 $ de plus à l’épicerie pour une famille de quatre

• À lire aussi: Ottawa investit dans la construction de 91 logements abordables à Montréal

Le courtier hypothécaire à la firme «Les Architectes Hypothécaires» Stéphane Bruyère, en entrevue à TVA Nouvelles, s’avoue désemparé par la situation malgré sa longue expérience.

«Ça fait 25 ans que je suis courtier hypothécaire, puis je suis assez surpris de tout ce qui peut arriver cette année. D’abord, concernant la Banque du Canada avec toutes les hausses qu’on a pu avoir depuis les neuf derniers mois. Ensuite, concernant tout ce qui arrive avec les taux variables, avec les versements fixes», explique-t-il.

La situation, rappelons-le, est historique pour la Banque du Canada.

«La Banque du Canada a augmenté le taux directeur de 3,5 % en moins de neuf mois. Historiquement, on n’a jamais vu ça, puis demain on a une autre annonce de la Banque du Canada qui semblait dire que ça allait être de 0,5 %. Je ne dirais pas qu’il n’y a rien là, 0,5 %, mais historiquement la Banque du Canada, 0,5 %, ça s’est fait quatre ou cinq fois, et cette année, juste en 2022, on bat tous les records», détaille M. Bruyère.

Des propriétaires vulnérables

On apprenait récemment que le tiers de tous les prêts immobiliers dans le portefeuille des grandes banques canadiennes a maintenant des périodes d’amortissement de 30 ans, alors que ce chiffre était de zéro il y a de ça environ un an.

Pour plusieurs propriétaires, projeter son hypothèque sur 30 ans est une solution pour amortir la hausse des taux: les paiements mensuels de ces propriétaires restent abordables, mais prennent davantage de temps pour payer l’hypothèque.

Dans ces circonstances, les propriétaires à taux variables, ainsi que ceux dont les hypothèques arrivent à échéance font face à un avenir particulièrement incertain.

«Il ne faut pas oublier les gens qui ont des hypothèques à taux variables, donc qui ont vu leurs versements hypothécaires augmentés. Puis les gens qui vont être à échéance dans leur prêt hypothécaire, avec une hypothèque à taux fixe qui est à échéance en 2023, 2024, ou 2025, qu’est-ce qui va arriver avec ces gens-là?», s'interroge M. Bruyère.

Les nouveaux propriétaires sont, eux aussi, parmi les propriétaires les plus vulnérables.

«Un premier acheteur qui a acheté avec 5 % de mise de fonds il y a deux ans... lui il est dans le trouble actuellement parce qu’il est en train de vraiment y avoir de l’arrérage au niveau de son prêt hypothécaire. Si vous avez votre maison depuis 10, 15 ou 20 ans, que vous avez tout le temps gardé le même versement, c’est sûr que vous avez remboursé du capital un moment donné, surtout durant la crise de la COVID-19, parce que les taux hypothécaires étaient historiquement bas», explique M. Bruyère.

Scénarios catastrophes

Pour certains, les augmentations subites du taux directeur sont insoutenables.

«La situation pour chacune des personnes est vraiment différente. J’ai des clients qui, justement ce matin, me téléphonaient, me disaient: "Moi actuellement sur mon prêt hypothécaire je ne rembourse plus du tout de capital, c’est uniquement de l’intérêt, puis même je commence à être en retard : ma succursale veut me rencontrer"», relate M. Bruyère.

Ces scénarios catastrophes se multiplient, privant annuellement certains propriétaires de plusieurs milliers de dollars.

«Pour un simple versement hypothécaire de 300 000 $, en mars c’est un versement d’environ 1200 par mois. Aujourd’hui, mon taux est à 5 %, le versement est à 1745, donc c’est une hausse de 545 $ depuis le mois de mars. Et demain on risque d’avoir une autre augmentation d’un autre 0,5 % qui ferait en sorte que ce serait une hausse de 631 $ depuis le début de l’année. C’est de l’argent là, c’est six, sept, huit mille dollars de moins par année dans les poches de quelqu’un, puis c’est du net», explique M. Bruyère.

Le courtier hypothécaire tient néanmoins à souligner que les grandes banques canadiennes déplorent la situation actuelle.

«Ceux qui pensent que les banques veulent reprendre les maisons, ben non, elles ne sont pas là pour ça, puis elles ne veulent pas ça non plus», assure M. Bruyère.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.