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Pas de changements sans le personnel pour les effectuer

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Photo Adobe stock

La tâche de redressement du système d’éducation québécois qui attend Bernard Drainville s’annonce colossale. Ce ne sont pas les défis qui manquent. 

Comme plusieurs, je suis d’avis que la pénurie de personnel dans nos écoles doit être l’enjeu primordial, car il sera impossible d’implanter d’autres changements s’il n’y a personne dans les écoles pour les mettre en pratique. Résorber la pénurie graduellement passera inévitablement par une révision des conditions de travail des gens qui œuvrent dans le milieu scolaire.

Évaluation du français

Il faut cependant se questionner sur les effets à long terme que pourraient avoir certaines des mesures proposées. Récemment, le ministre Drainville annonçait qu’il demandait aux facultés universitaires de revoir leurs pratiques concernant l’évaluation du français et l’accès aux stages pour ceux et celles qui échouent au test du TECFÉE. 

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À la base, cela peut paraître une bonne idée de faciliter l’accès à la profession à des étudiants qui auraient échoué à un test de français afin de pallier le manque de personnel enseignant. Cette annonce implique en revanche deux questionnements importants.

Premièrement : Est-ce que cette mesure, dite exceptionnelle, deviendra la norme ? Par le passé, plusieurs mesures annoncées en éducation comme étant exceptionnelles sont devenues au fil du temps la norme dans nos pratiques. Les « révisions de notes » étaient devenues à ce point systémiques à une certaine époque que le ministre en poste à ce moment, Sébastien Proulx, avait dû intervenir publiquement à propos du trucage de notes. Plusieurs doutent que ces pratiques aient réellement cessé.

Les mesures adaptatives aux évaluations, qui au départ se voulaient appliquées à quelques élèves possédant des difficultés ou des handicaps, ont connu une telle explosion dans les dernières années qu’il n’est plus étonnant de voir de nos jours dans les classes dites régulières une majorité d’élèves possédant de telles mesures.

L’embauche de personnel enseignant non légalement qualifié était vue à une certaine époque comme une mesure d’exception dans quelques écoles du Québec. On les compte dorénavant par milliers dans le réseau scolaire.

Nous sommes donc en droit de nous questionner sur la valeur « exceptionnelle » de cette annonce. Il serait naïf de croire qu’une fois leurs stages complétés, ces futurs enseignants ayant échoué à leur test de français ne demanderont pas d’obtenir malgré tout leur brevet. Peut-on vraiment penser qu’ils ne voudront pas par la suite être embauchés et obtenir les mêmes conditions de travail que les autres, utilisant la pénurie comme justification ?

Nivellement par le bas

Deuxièmement : Est-ce vraiment l’avenue que nous souhaitons prendre pour notre système d’éducation ? Cette annonce sera inévitablement perçue comme du nivellement par le bas des exigences d’accès à la profession enseignante. 

Certains pays, comme la Pologne, l’Estonie et le Japon ont connu des gains impressionnants dans les tests internationaux comme le PISA depuis 2006, dépassant le Canada au classement mondial. Cette progression s’explique par la décision de ces pays d’augmenter les investissements en éducation, mais surtout principalement par un rehaussement des exigences afin d’accéder à la profession enseignante. Malheureusement, au Québec, nous semblons prendre la tangente inverse.

Peut-on vraiment s’attendre à améliorer notre système d’éducation et à ce que nos élèves réussissent mieux si nous révisons à la baisse les exigences pour ceux et celles qui seront devant la classe ?

L’intention du ministre Drainville est certes louable et pourrait possiblement aider le réseau dans l’immédiat, mais il faut se questionner si cela nous rendra vraiment service à long terme. 

Il est encore possible de réformer le système québécois afin d’avoir une éducation de qualité, mais uniquement si nous exigeons le meilleur de tous.

GEN - SIMON LANDRY

Photo d’archives, Martin Alarie

Simon Landry, enseignant de la région métropolitaine

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