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Québec veut casser la vente de 220 M$

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Le 500, Grande Allée Est à Québec (photo) et le 500, René-Lévesque Ouest à Montréal ont été vendus par Québec en 2008.

Photo Didier Debusschere

Le 500, Grande Allée Est à Québec (photo) et le 500, René-Lévesque Ouest à Montréal ont été vendus par Québec en 2008.

Québec veut racheter pour 220 M$ deux immeubles dont il s’était départi en 2008, ce qui avait entraîné une enquête pour fraude de l’Unité permanente anticorruption et un rapport dévastateur de la vérificatrice générale.

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« C’est une gang de pas bons là-dedans ! C’est pas prestigieux ! », lançait en 2016 l’ex-présidente du Conseil du Trésor Monique Jérôme-Forget à propos des administrateurs de la Société immobilière du Québec (SIQ), qui avaient avalisé la vente du 500, Grande Allée Est à Québec et le 500, René-Lévesque Ouest à Montréal. 

La saga policière, judiciaire et politique dure depuis plus d’une décennie, au cours de laquelle François Legault a été mis en demeure et le ministre Éric Caire poursuivi pour 1,25 M$.

Notre Bureau d’enquête a appris que Québec cherche à revenir à la case départ. La société québécoise des Infrastructures (SQI), qui a remplacé la SIQ, a déposé la semaine dernière une poursuite pour réclamer des dommages punitifs et demander à la Cour supérieure d’annuler les ventes faites à la firme Gestion Cromwell de George Gantcheff il y a presque 15 ans.

La SQI a aussi déposé un préavis pour faire valoir ses droits sur ces deux immeubles de bureaux, jusqu’à la conclusion des procédures judiciaires.

La poursuite est pour le moment entourée de secrets. L’identité des 11 défendeurs est cachée. Vendredi dernier, au palais de justice de Québec, on nous a indiqué qu’il était impossible de consulter le dossier, invoquant la confidentialité.

Le 500, René-Lévesque Ouest à Montréal.

Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

Le 500, René-Lévesque Ouest à Montréal.

Enquêtes et rapport

Les deux immeubles de Gantcheff font partie des trois édifices vendus en 2008 par le gouvernement Charest, dans le but d’obtenir des sommes à verser au Fonds des générations, créé deux ans plus tôt avec l’objectif de réduire la dette du Québec. 

Le gouvernement avait ensuite signé des baux à long terme pour continuer d’y occuper des bureaux.

Le troisième immeuble, Place Québec, avait été vendu à l’entrepreneur Tony Accurso et au Fonds FTQ.

À partir de 2010, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a ouvert l’enquête criminelle Justesse sur des allégations de fraude au profit d’organisateurs du Parti libéral du Québec (PLQ), dans le cadre de la vente de ces immeubles.

En 2016, un reportage de Radio-Canada révélait l’existence de cette enquête policière. On y apprenait que l’UPAC soupçonnait que Marc-André Fortier, ex-PDG de la Société immobilière du Québec, ainsi que les collecteurs de fonds libéraux William Bartlett, Franco Fava et Charles Rondeau auraient touché des commissions secrètes de plusieurs millions de dollars.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) et son chef François Legault, alors dans l’opposition, avaient fait les choux gras de cette affaire et avaient attaqué le PLQ.

Près de 19 M$ perdus

En novembre 2017, la vérificatrice générale avait conclu que Québec avait perdu près de 19 M$ dans les transactions des trois immeubles. Elle estimait que plusieurs règles de saine gestion avaient été bafouées par la SIQ.

Mais la vérificatrice ne concluait pas que George Gantcheff et sa firme avaient bénéficié d’avantages indus.

Le magnat de l’immobilier a soutenu au contraire avoir acheté des immeubles « mal entretenus » qui lui ont finalement coûté des dizaines de millions de dollars en réparations.

« Depuis toujours, j’ai dirigé mes entreprises avec honnêteté. Je n’accepterai pas qu’on salisse ma réputation et qu’on mette en doute mon intégrité », avait-il déclaré, au lendemain de la publication du rapport de la vérificatrice.

Tout s’écroule

Puis, en novembre 2019, l’UPAC a annoncé qu’elle mettait fin à l’enquête Justesse, affirmant que les conditions n’étaient « pas réunies pour aller plus loin ». Notre Bureau d’enquête a alors révélé que l’UPAC craignait que la façon dont certains éléments de preuves ont été obtenus soit contestée en cour.

Pourtant, Franco Fava aurait même affirmé à des complices allégués qu’il s’attendait à être arrêté. 

« Au pire, c’est moi qui serai accusé. C’est du criminel, les menottes dans le dos avec un esti de show médiatique. Au pire, je paierai de l’impôt », aurait-il affirmé dans un restaurant de Québec, selon des documents de l’UPAC consultés à l’époque par notre Bureau d’enquête.

La saga ne s’est pas arrêtée là. En mars 2022, George Gantcheff a rappliqué en déposant une poursuite de 1,25 M$ contre le ministre caquiste Éric Caire. Il a accusé le député d’avoir tenu des propos qui « laissent injustement et faussement entendre » qu’il n’était pas intègre.

– Avec la collaboration de Philippe Langlois et Kathryne Lamontagne

Ils se sont invités dans cette saga

Monique Jérôme-Forget

Musée McCord

Photo d’archives, Chantal Poirier

L’ex-présidente du Conseil du trésor, de qui relevait la SIQ, avait eu des mots très durs à l’endroit des administrateurs de la SIQ, dans une entrevue à Radio-Canada.

« C’est une gang de pas bons là-dedans ! C’est pas prestigieux ! », avait-elle lancé. Ces déclarations sont devenues virales sur le web.

François Legault

Le Premier ministre du Quebec, Francois Legault rencontre les médias lors d’un point de presse a Quebec, mercredi le 26 octobre 2022. 
STEVENS LEBLANC/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI)

Photo d’archives, Stevens LeBlanc

Le Premier ministre du Quebec, Francois Legault rencontre les médias lors d’un point de presse a Quebec, mercredi le 26 octobre 2022. STEVENS LEBLANC/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI)

En 2016, il avait déclaré que George Gantcheff était « un des bénéficiaires de la magouille » des libéraux. Ce dernier l’avait mis en demeure et l’accusait de diffamation à son endroit.

Éric Caire

Quebec

Photo d’archives, Stevens LeBlanc

Poursuivi pour 1,25 M$ par George Gantcheff depuis mars dernier pour atteinte à sa réputation. 

George Gantcheff

George Gantcheff

Photo d’archives, collège Jean-de-Brébeuf

Grand patron et premier actionnaire de la firme immobilière Gestion Cromwell. Il n’a fait l’objet d’aucune accusation. 

Guylaine Leclerc

Quebec

Photo d’archives, Stevens LeBlanc

La vérificatrice générale a publié en 2017 un rapport dévastateur sur la gestion immobilière à la SIQ.

Frédérick Gaudreau

Quebec

Photo d’archives, Stevens LeBlanc

Le commissaire à la lutte contre la corruption a annoncé en 2019 la fin de l’enquête criminelle Justesse sur les transactions de la SIQ.

Franco Fava

Photo d’archives, Pool Jacques Boissinot

Ex-dirigeant d’une entreprise de construction, c’est l’un des organisateurs libéraux qui auraient profité de la vente des bâtiments de la SIQ, selon la thèse de l’enquête de l’UPAC qui a été abandonnée en 2019. Il n’a fait l’objet d’aucune accusation.

Marc-André Fortier

Marc-André Fortier

Photo d’archives, tirée du rapport annuel de la SIQ

Ex-PDG de la SIQ au moment des transactions controversées, renvoyé en 2008 par la ministre Jérôme-Forget.

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