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Branle-bas de combat au comité des Langues officielles

POL-PARLEMENT-OTTAWA

Photo d'Archives, AGENCE QMI

L’enjeu émotif du déclin du français au Canada a créé des flammèches lors d’une séance particulièrement acrimonieuse du comité des Langues officielles jeudi, où les membres ont eu droit à leurs derniers témoignages de ministres, et non des moindres.

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«C’est la première fois en sept ans que je suis assis ici et que je vois que ça se déroule comme ça autour de la table» : c’est dans ces mots que le président du comité, l’Acadien René Arseneault, a décrit la scène qui se déroulait devant ses yeux.

Dans un contexte où le français est en déclin partout au Canada, où des francophones peinent à se faire servir dans leur langue dans des hôpitaux de Montréal et de l’Ontario francophone, où les patrons de grandes entreprises établies au Québec ne daignent apprendre le français, les députés sentent que le projet de loi C-13 représente la meilleure chance depuis des générations pour redresser la barre.

C’est pourquoi le ministre du Patrimoine et lieutenant du Québec, Pablo Rodriguez, était attendu de pied ferme par les membres les plus combattifs du comité, le conservateur Joël Godin et le bloquiste Mario Beaulieu, lors de cette dernière audience.

Le ton est rapidement monté entre le ministre et M. Godin et M. Rodriguez dès la première question, qui portait sur les pouvoirs du Conseil du Trésor dans l’application de la Loi.

«Ma question est claire, qu’elle soit pertinente selon vous ou qu’elle ne le soit pas, c’est pas important, je vous demande de répondre!, a lancé Joël Godin, en gesticulant vers le ministre Rodriguez. Assumez-le! Assumez-le!»

«Ça fait longtemps que vous n’avez pas été au pouvoir, vous ne comprenez pas comment ça fonctionne», a rétorqué Pablo Rodriguez à son vis-à-vis conservateur, qui s’est demandé «pourquoi [le ministre] a cette attitude-là».

Le libéral franco-ontarien Francis Drouin a senti le besoin de s’interposer. «Si vous avez de la misère à entendre, je suggère aux députés d’utiliser les [oreillettes] parce que ça fonctionne très bien, a-t-il dit. C’est une petite salle ici, va falloir que j’aille me chercher des bouche-oreilles parce que ça crie pas mal fort.»

Le bloquiste Mario Beaulieu a exigé des explications sur le financement accordé à des organisations de défense des droits des anglophones, dont certaines auraient, selon lui, insinué que le gouvernement du Québec était «raciste» et «intolérant».

«Est-ce que ça traduit votre point de vue, vous l’avez déjà fait en Chambre, vous vous êtes excusé», a déclaré M. Beaulieu.

«Ça, c’est une attaque personnelle M. Beaulieu, j’espère que vous allez retirer ça», a répondu M. Rodriguez. Il a accusé le bloquiste de prendre «des drôles de tangentes».

«Contrairement à M. Beaulieu, je suis convaincu qu’on peut renforcer le fait français sans s’attaquer à la minorité anglophone, a-t-il dit. Les Québécois, on n’est pas racistes.»

Des questions sans réponses

La frustration palpable était aussi due aux «généralités» offertes par les ministres Rodriguez et Ginette Petitpas Taylor, qui est à la barre de la réforme de la Loi sur les langues officielles.

Au sortir de l’exercice pour le moins divertissant, Mme Petitpas Taylor a déclaré être ouverte aux amendements, sans spécifier lesquels. Le Québec en a proposé plusieurs, dont celle de soumettre les entreprises de juridiction fédérale à la loi 101.

Déposée il y a environ deux ans, la réforme des Langues officielles a connu un nombre important de transformations, après d’innombrables consultations et tergiversations.

Le gouvernement libéral avait espoir d’en finir avant les Fêtes en accélérant les travaux du comité mais, devant l’impasse qui a duré sept séances, s’est ravisé en trouvant un compromis avec les oppositions pour entendre quatre ministres.

Si tout se passe comme prévu, la plus importante réforme des Langues officielles depuis des décennies serait adoptée entre février et mars.

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