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Ukraine: le Kremlin admet que la Crimée est vulnérable

La Russie a reconnu jeudi être vulnérable à des attaques en Crimée, péninsule ukrainienne annexée en 2014, une admission qui intervient après plusieurs frappes, attribuées à l'Ukraine, sur des cibles russes loin du front.

Ces derniers jours, plusieurs bases militaires russes, dont deux situées à quelque 500 kilomètres de l'Ukraine, soit autant que la capitale russe Moscou, ont été prises pour cible par des drones d'attaque.

Jeudi encore, un drone a été abattu par la flotte russe à Sébastopol en Crimée, ont indiqué les autorités locales, signe des risques qui continuent de peser sur la péninsule annexée que Kyïv a juré de reprendre.

Ces attaques, associées à une série de retraites russes en Ukraine, semblent témoigner du fait que, neuf mois après le début de l'offensive, la Russie peine à consolider non seulement ses positions mais aussi à protéger ses bases-arrières loin du front.

En Crimée, «il y a des risques, car la partie ukrainienne continue de suivre sa ligne consistant à organiser des attaques terroristes», a indiqué jeudi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Mais le fait que le drone a été abattu «montre bien que des contre-mesures efficaces sont prises», a-t-il estimé.

La flotte russe de la mer Noire, basée dans le port de Sébastopol, avait été touchée fin octobre par ce que les autorités avaient qualifié d'attaque «massive» de drones, qui avait endommagé au moins un navire.

Et cet automne, le pont reliant la péninsule à la Russie a été partiellement détruit par une énorme explosion que Moscou a attribuée aux forces ukrainiennes.

C'est dans ce contexte que les autorités installées par Moscou en Crimée ont annoncé la construction de fortifications et de tranchées, d'autant que les forces ukrainiennes ont repris en novembre une partie de la région de Kherson, frontalière de la péninsule.

«Espions» arrêtés

Avec des lignes de front qui risquent de se figer avec l'hiver, les Ukrainiens se tournent de plus en plus vers les drones pour frapper les bases russes situées à l'arrière, tandis que les Russes bombardent eux l'infrastructure énergétique ukrainienne, quitte à plonger les civils dans le froid et le noir.

Ainsi, le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a indiqué que l'armée ukrainienne avait intégré «sept modèles de drones fabriqués en Ukraine» au cours du mois précédent, contre seulement «un ou deux» par an avant l'offensive russe.

Signe que les autorités russes sont sur les dents en Crimée, les services de sécurité russes (FSB) ont annoncé jeudi l'arrestation de deux habitants de Sébastopol soupçonnés d'avoir transmis à l'Ukraine des informations sur des cibles militaires.

Dans un communiqué, le FSB indique que l'un des suspects a été recruté en 2016 par Kyïv et a transmis, depuis l'attaque massive du Kremlin contre l'Ukraine fin février, des «informations sur l'emplacement d'installations du ministère russe de la Défense».

L'armée ukrainienne s'est rapprochée de la Crimée grâce à une contre-offensive victorieuse qui lui a permis de reprendre mi-novembre la ville stratégique de Kherson, dans le sud du pays.

Dans cette zone, où le gros des forces des deux camps est séparé par le fleuve Dniepr, la situation reste tendue, avec des frappes russes régulières sur la ville de Kherson.

Oleksiï Kovbassiouk, un habitant de la région rencontré par l'AFP, traverse le fleuve malgré les risques et les températures glaciales pour aider les habitants coincés sur la rive gauche, occupée par les Russes, à fuir.

«J'ai déjà eu deux impacts de balles dans mon bateau», dit-il.

«Russophobie»

Le Kremlin a par ailleurs accusé jeudi de «russophobie» le magazine américain Time, qui a désigné mercredi comme personnalités de l'année 2022 le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ainsi que «l'esprit ukrainien» face à Moscou.

Alors que Moscou a essuyé depuis l'été plusieurs revers cinglants, ce qui a contraint le Kremlin de mobiliser plusieurs centaines de milliers de réservistes, le président russe Vladimir Poutine semble préparer l'opinion à un conflit susceptible de durer.

L'intervention en Ukraine est «un long processus», a-t-il reconnu mercredi, tout en assurant que «l'apparition de nouveaux territoires» que Moscou affirme avoir annexés était un «résultat significatif pour la Russie».

Le maître du Kremlin a aussi semblé relativiser le risque d'un recours à l'arme nucléaire. «Nous ne sommes pas devenus fous», a-t-il déclaré, ajoutant que l'arme ultime ne serait utilisée qu'en «représailles».

Ces déclarations ont été condamnées par Washington, qui a qualifié d'«irresponsable» ce «discours à la légère» sur les armes nucléaires.

Jeudi, M. Poutine a lors d'une rare cérémonie en public au Kremlin décoré des militaires déployés en Ukraine de l'ordre de «Héros de Russie».

«Je veux dire à chacun qui est en première ligne que pour moi, pour tous nos concitoyens, vous êtes tous des héros», a-t-il dit.

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