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Grève pour les salaires au New York Times, une première en 40 ans

Getty Images via AFP

Une première en 40 ans au New York Times : plus d’un millier de salariés sont en grève jeudi pendant 24 heures pour exiger des augmentations substantielles, dans un contexte d’inflation et de flambée du coût de la vie à New York. 

Quelque 1 100 journalistes et autres employés du prestigieux quotidien qui donne le la de l’actualité et du traitement des sujets aux États-Unis et à l’étranger ont cessé le travail jeudi à minuit jusqu’à vendredi à la même heure, après l’échec de négociations sur les salaires et la convention collective, selon le syndicat de la presse NewsGuild of New York.

Des centaines de personnes de tous âges et de tous statuts se sont rassemblées jeudi après-midi devant le gigantesque siège de la New York Times Company, dans l’ouest de Manhattan, dans une ambiance revendicatrice et festive.

Selon le syndicat de la presse, NewsGuild, l’un des points de contentieux est le refus de la direction d’augmenter de manière importante les salaires depuis près de deux ans, dans un contexte national et mondial inflationniste et alors que la New York Times Company, société cotée en Bourse, est financièrement prospère.

« Pénaliser les travailleurs »

« Les dirigeants du New York Times fêtent leur réussite financière tout en pénalisant les travailleurs », a tonné l’organisation syndicale dans un tract en se réjouissant que « plus 1.100 employés aient dorénavant cessé le travail, une première de cette ampleur en quatre décennies ».

« La société ne traite pas très bien les employés syndiqués. Nous sommes sans convention collective depuis 20 mois, nous avons tous travaillé sans arrêt pendant le Covid, 20 heures par jour, y compris les week-ends, et sans aucune augmentation », a protesté auprès de l’AFP Albert Sun, infographiste de 34 ans qui travaille au NYT depuis 11 ans.

Pour sa collègue Phoebe Lett, il faut se battre pour « obtenir un salaire minimum de 65 000 dollars par an (brut et avant impôts) ».

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« Job de rêve »

« C’est important parce que l’entreprise veut que l’on travaille dans une ville où la vie quotidienne est très chère. J’ai des collègues qui ont un deuxième emploi pour garder celui-là, qui est un job de rêve », a souligné auprès de l’AFP cette productrice de podcasts de 31 ans.

Sur une tribune improvisée devant l’immeuble du New York Times, des représentants des salariés ont revendiqué avec force, parfois en chanson, le fait de « faire le journal » et donc d’être à l’origine des bénéfices de l’entreprise, et ont réclamé d’être « payés à (leur) juste valeur ».

La New York Times Company a publié en novembre un chiffre d’affaires pour le 3e trimestre 2022 de 547 millions de dollars contre 509 millions pour la même période de 2021, en hausse de 7,6 % sur un an. Mais le bénéfice net trimestriel est en chute de 33 % sur un an (36 millions de dollars cette année contre 54 millions en 2021).

Dans un communiqué, la direction a rappelé que les négociations salariales n’avaient pas échoué et qu’il était « décevant que (les employés) en viennent à des actions extrêmes alors que nous ne sommes pas dans une impasse ».

Menace

Elle a affirmé avoir proposé une augmentation générale des salaires de « 11,5 % » sur trois ans à compter de la signature d’une nouvelle convention collective. 

Tout en menaçant : « La proposition de la NewsGuild, qui ajouterait plus de 100 millions de dollars de coûts, rendrait difficile le maintien de nos investissements dans le journalisme ». Avec ses 1 700 salariés, huit millions d’abonnés et quelque 150 millions de lecteurs par mois, le NYT, monument de la presse écrite plutôt classé à gauche, s’est parfaitement redressé et adapté à l’ère numérique avec son site internet, ses vidéos, ses podcasts...

Le mouvement ne devrait pas empêcher la parution du quotidien vendredi : « Pendant le débrayage, les employés non syndiqués de la salle de rédaction seront en grande partie responsables de la production des informations », selon un article du journal.

Des manifestants n’ont pas exclu de poursuivre le mouvement au-delà de vendredi et une porte-parole du journal a précisé qu’une nouvelle session de négociations était prévue mardi prochain.

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