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L’art de «tirer» dans son but

Andrey Nekrasov - Fotolia

Dans le débat sur le contrôle des armes à feu, tous les intervenants ont tiré dans leur but. En effet, le gouvernement fédéral, le lobby pro-armes, Carey Price célèbre gardien de but et son employeur le Canadien de Montréal se sont trompés de cible en cherchant à manipuler l’opinion publique. 

J’ai constaté la semaine dernière un carambolage d’erreurs de jugement qui ont amené un dérapage inqualifiable à la veille de la célébration en hommage des victimes de Polytechnique. Tous ont cherché à influencer l’opinion publique dans un contexte dramatique sans égard aux familles qui commémorent cette tragédie depuis plus de 30 ans déjà. Coupables d’ignorance, de manque de jugement ou tout simplement de conscience sociale? À vous de choisir!  

Tempête fédérale parfaite 

En sortant à la dernière minute ses 300 pages d’amendements à la loi C-21 pour identifier les modèles d’armes à feu à interdire, le gouvernement fédéral a créé une tempête parfaite amenant une réaction en chaîne à la veille de la commémoration du drame de Polytechnique. Cette erreur stratégique a permis au lobby pro-armes, la coalition canadienne pour les droits des armes à feu, de profiter du momentum pour publiciser sur son site un code de promotion « Poly » pour l’achat de produits dérivés, tout en dénonçant les amendements du projet de loi fédérale. Carey Price, gardien vedette du Canadien, adepte de la chasse a fait une sortie publique remarquée en appuyant la position du lobby proarmes. Ne se souciant pas en apparence du contexte de la commémoration, il créa un émoi au sein du club Canadien qui a cru bien faire en prétendant que son joueur vedette n’était pas informé de l’existence du drame de Polytechnique même s’il réside depuis 15 ans à Montréal. Craignant d’être ridiculisé publiquement, le joueur étoile contredit la version officielle de son employeur, le Canadien de Montréal. Il avoue publiquement qu’il connaissait le drame de Polytechnique, mais maintient sa position contre le projet de loi C-21, et ce, même si son arme de chasseur ne sera pas interdite par la nouvelle législation. 

Rupture de confiance  

Heureusement, les partis politiques ont unanimement condamné cette triste gestion de crise. Les 4 protagonistes dans cette histoire, ont cherché volontairement ou non à manipuler les médias et la population ce qui a entraîné une rupture de confiance et une perte de réputation. La cause du lobby des armes à feu est entachée, et ce malgré la sincérité le témoignage de Carey Price, ce dernier ayant raté sa sortie médiatique. Quant au Canadien de Montréal, il fut dépassé par les événements et a démontré qu’il est encore une fois un piètre patineur sur certains enjeux sociaux-politiques québécois. Enfin, le gouvernement fédéral a agi en pyromane en sortant ses amendements à la dernière minute, sa piètre réputation dans le dossier du contrôle des armes à feu n’est plus à démontrer après des décennies de cafouillage. 

Carey Price a-t-il été manipulé? 

En conséquence, tous les intervenants ont échoué leur sortie publique et ne croyez surtout pas que le principal « gaffeur » soit Carey Price le gardien de but du Canadien. Il a plutôt été dépassé par les événements, sincère, mais naïf ou manipulé par le lobby des armes à feu, ou les deux. Tout est une question de perception. 

Photo courtoisie

Jean Baillargeon, Expert-conseil en communication stratégique

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