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Vingt ans après Scorpion: le proxénétisme continue de faire des ravages

Le proxénétisme ne s’est pas résorbé à Québec et au Québec, selon une criminologue, qui considère d’ailleurs que Montréal et Québec sont des plaques tournantes de la prostitution juvénile.

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Les victimes sont toujours aussi jeunes et le processus judiciaire ne favorise pas les condamnations, selon certains intervenants.

Pour Geneviève Quinty, directrice générale du Projet intervention prostitution Québec (PIPQ), les preuves reposent souvent uniquement sur le témoignage de la victime.

À ses yeux, des filles qui ont subi des traumatismes et des agressions, parfois en état de consommation, n'ont plus nécessairement le souvenir de ce qui leur est arrivé.

Catherine Proulx est intervenante clinique en exploitation sexuelle. Bien qu’elle affirme que le modus operandi soit similaire, elle a observé dans les dernières années des changements dans les modes de recrutement, lesquels sont à son avis davantage agressifs.

Les médias sociaux ont également changé la donne. En deux décennies, ils ont fait exploser le terrain de jeu des proxénètes et les enquêteurs ont dû s'adapter.

Comme le mentionne Marie-Manon Savard, lieutenante-détective pour le Service de police de la Ville de Québec, les enquêteurs utilisent des méthodes à la fine pointe de la technologie et s’assurent de connaître les phénomènes émergents.

À la suite des recommandations de la Commission spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, le gouvernement a augmenté la capacité d'action des EILP, les Escouades intégrées de lutte contre le proxénétisme, coordonnées par la Sureté du Québec.

Trois escouades et des organisations policières de partout en province collaborent à la démarche. Depuis octobre 2021, plus de 100 arrestations ont été effectuées.

Karine Lacroix, capitaine responsable du service de la lutte contre le proxénétisme, affirme qu’au cours de la dernière année, plus de 200 victimes ont été rencontrées. Parmi ces dernières, 121 ont décidé de porter plainte et d'aller de l'avant avec le processus judiciaire.

Pour la criminologue Maria Mourani, l'un des plus grands tournant en la matière est survenu en 2014, avec la sanction de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation. Cette loi est venue protéger les victimes selon l'ex-députée fédérale.

«On a criminalisé l'achat de services sexuels et on a criminalisé la publicité. (...) Dans la Loi, elle peut vendre ses services, mais elle ne peut pas avoir de clients. Donc, c'est le client qui est ciblé, ce n’est pas elle.»

Mais aux yeux de la criminologue, il reste encore beaucoup à faire. «Il y a encore tant qu'à moi très peu d'arrestations de prostitueurs. Cette industrie génère des milliards de dollars. Vous voulez me faire croire que nous n'avons qu'une centaine de prostitueurs dans l'année? Je ne crois pas à ça.»

Depuis Scorpion, les intervenants ont une meilleure force de frappe, selon Mme Savard. «C'est sûr que la première chose qu'on remarque c'est la collaboration. Au départ, tout le monde travaillait en silo».

Pour rien au monde, les intervenants du milieu ne reviendraient en arrière, comme le mentionne la directrice générale du PIPQ. «Les approches collaboratives maintenant, on ne pourrait pas reculer, on ne pourrait pas retourner en arrière, travailler en silo. L'exploitation sexuelle est un phénomène qui nous amène, qu'on le veule ou pas, à travailler avec des partenaires».

Grâce aux partenaires, de belles histoires émergent, comme l’indique Catherine Proulx. «On voit des personnes qui se reconstruisent, des personnes qui sont capables de reconnecter avec leur réseau (...) et puis de réaliser peut-être d'autres parties à travers eux qu'ils ont envie de mettre en lumière».

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