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Les régions au secours des commerces de proximité

Des villages se mobilisent pour sauver ou faire revivre leurs dépanneurs et épiceries

La coopérative alimentaire de Val-des-Lacs, dans les Laurentides, a ouvert ses portes le 15 décembre 2020. Sur la photo, Ginette Lynch, coordonnatrice et gérante, Rachel Piché, 79 ans, l’employée la plus âgée de l’épicerie, et Michel Robillard, président du conseil d’administration.

Photo Agence QMI, Daniel Deslauriers

La coopérative alimentaire de Val-des-Lacs, dans les Laurentides, a ouvert ses portes le 15 décembre 2020. Sur la photo, Ginette Lynch, coordonnatrice et gérante, Rachel Piché, 79 ans, l’employée la plus âgée de l’épicerie, et Michel Robillard, président du conseil d’administration.

Plusieurs villages du Québec qui ont vu leur église et caisse populaire fermer au cours des dernières années mènent actuellement un combat pour conserver leur dépanneur, un service essentiel pour éviter de devoir parcourir des dizaines de kilomètres pour se procurer une simple pinte de lait. 

Il existe des dizaines de villages québécois qui se dévitalisent et où les habitants vont dorénavant à la ville pour magasiner et mettre de l’essence dans leurs véhicules, souvent en déplorant l’absence de ces commodités chez eux. 

C’est le cas de la municipalité de Val-des-Lacs, dans les Laurentides, qui a été un désert alimentaire pendant deux ans après la fermeture de l’épicerie en 2018. 

Le vide a été comblé par la coopérative alimentaire Val-des-Lacs, aussi appelée Épicerie Le Saint-Agricole, qui enregistre actuellement un grand succès.   

«La population du village est vieillissante, les chemins sont hasardeux en hiver et la pandémie, avec ses nombreuses restrictions sanitaires, a clairement démontré que ce service de proximité est essentiel pour la population de notre village. C’était une situation intenable», explique Michel Robillard, président du conseil d’administration de la coopérative. 

Une coopérative alimentaire verra le jour à La Visitation-de-l’Île-Dupas, près de Berthierville. Sur la photo, de gauche à droite, Marie-Pierre Beauséjour, une des initiatrices de la coop, Laurent Courchesne, ancien propriétaire de la bâtisse, son fils Rémi, nouveau propriétaire avec sa conjointe Marie-Pier Aubuchon, et Karine Valois, une autre initiatrice de la coop.

Photo Agence QMI, Simon Dessureault

Une coopérative alimentaire verra le jour à La Visitation-de-l’Île-Dupas, près de Berthierville. Sur la photo, de gauche à droite, Marie-Pierre Beauséjour, une des initiatrices de la coop, Laurent Courchesne, ancien propriétaire de la bâtisse, son fils Rémi, nouveau propriétaire avec sa conjointe Marie-Pier Aubuchon, et Karine Valois, une autre initiatrice de la coop.

RETOUR AUX ÉPICERIES DE QUARTIER

«Ç’a été une mode d’aller faire son épicerie en ville. Mais je pense que maintenant les gens retournent vers les épiceries de quartier», constate de son côté Rémi Courchesne, dont la famille a géré une épicerie pendant des décennies à La Visitation-de-l’Île-Dupas, un petit village de 600 habitants situé près de Berthierville, dans la région de Lanaudière. 

D’ailleurs, la bâtisse dans laquelle se trouvait l’épicerie sera prochainement transformée en marché alimentaire grâce à une initiative citoyenne. 

La dévitalisation telle qu’on la voit de nos jours a commencé à attirer l’attention lorsque des églises se sont mises à fermer leurs portes faute de croyants et lorsque plusieurs caisses populaires de village sont disparues.

Ces fermetures d’églises et de caisses apparaissent comme irréversibles et incontournables, mais il semble qu’il n’en soit pas de même pour les dépanneurs ou les petites épiceries des villages, qui sont des services essentiels.

Plusieurs localités ont donc décidé de sauver leur dépanneur ou épicerie menacés de fermeture, par le biais de coopératives ou lorsque des gens se sont manifestés, au grand soulagement de tous. 

  •  Écoutez l'entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Katherine Labonté, stagiaire postdoctorale à l’école de nutrition humaine de l’université McGill sur QUB radio :  

UNE OPPORTUNITÉ D’EMPLOI

«On a déménagé ici il y a trois ans en raison d’une opportunité d’emploi», raconte Consuelo Lara Holster, une infirmière de profession qui s’est établie à Blue Sea, en Outaouais, avec son conjoint. 

«Ni l’un ni l’autre avons de l’expérience dans le domaine de la gestion, mais ce printemps, j’ai vu l’annonce du commerce à vendre. Moi et Joey, on aime les projets et on est ambitieux. On s’est lancés!», ajoute-t-elle.

 

Une relance qui fait du bien aux gens

Kim Brouillard s’occupe de la gestion du dépanneur et de la station d’essence de Moffet, en Abitibi-Témiscamingue.

Photo Agence QMI, Émilie Parent-Bouchard

Kim Brouillard s’occupe de la gestion du dépanneur et de la station d’essence de Moffet, en Abitibi-Témiscamingue.

L’un des villages les plus dévitalisés de l’Abitibi-Témiscamingue, Moffet, est en voie de se remettre sur pied grâce à la relance de son dépanneur.

La petite localité située littéralement au milieu de nulle part, à la limite de l’Abitibi et du Témiscamingue, a vu son école, sa caisse populaire, son dépanneur et sa station d’essence fermer successivement leurs portes au fil des ans.

C’est la municipalité qui a racheté l’ancien dépanneur, mais elle en a confié la gestion à une entrepreneure locale.

« Les gens étaient vraiment contents. Ils étaient contents de [ne pas] avoir à faire 15-20 minutes de char d’un bord ou de l’autre pour acheter du lait ou du pain, explique Kim Brouillard, qui gère le commerce. Le gaz aussi. On a tous des skidoos, des quatre-roues, des bébelles!»

L’administration municipale y est aussi pour quelque chose, faisant des l’Abitibi et du Témiscamingue, a vu pieds et des mains pour redonner des services de proximité à ses 210 habitants, et attirant les regards de villages en situation comparable.

«On le voit comme étant une opportunité incomparable de revitalisation», plaide le maire Alexandre Binette, notant qu’il faut faire preuve d’innovation dans un village où 43,5 % des habitants ne sont plus en âge de travailler.

— Émilie Parent-Bouchard Agence QMI

 

Ils rachètent le commerce pour éviter sa fermeture

Le couple Joey Hamel et Consuelo Lara Holster ainsi qu’Andréa, la soeur de Consuelo, devant leur épicerie.

Photo fournie par Consuelo Lara Holster

Le couple Joey Hamel et Consuelo Lara Holster ainsi qu’Andréa, la soeur de Consuelo, devant leur épicerie.

Les habitants d’un petit village de l’Outaouais peuvent remercier les nouveaux acheteurs de leur épicerie locale qui ont ainsi pu permettre d’éviter la fermeture définitive du seul commerce offrant des services essentiels depuis des années dans leur communauté.

L’annonce de l’ancien propriétaire, Yvon Richard, avait secoué les gens de Blue Sea en 2020 lorsqu’il avait laissé savoir qu’il voulait mettre la clef sous la porte de l’Épicerie Omni Richard.

Sur un coup de tête, Consuelo Lara Holster et Joey Hamel, un couple originaire de l’Estrie installé dans le village depuis peu, ont racheté le commerce qu’ils ont renommé le Marché Blue Sea.

Avec des emplois à temps plein, les nouveaux propriétaires ont vu l’opportunité d’inclure Andréa Lara Holster, la soeur de Consuelo, à titre de troisième propriétaire, pour s’occuper de la gestion de l’épicerie puisqu’elle a déjà travaillé en gestion. Le trio a pris possession des lieux le 4 novembre dernier.      

L’épicerie est sauvée, mais la réalité des résidents de Blue Sea est loin d’être ce qu’elle était.

Le petit village de moins de 700 habitants permanents abritait autrefois trois dépanneurs, trois stations-service et quelques restaurants.

Mais la reprise de l’épicerie redonne de l’espoir pour la revitalisation du village.

«C’est une excellente nouvelle pour la municipalité. Tout le monde se réjouit de cette nouvelle. La fermeture de l’établis- sement était une situation assez décevante», a confié Emmanuelle Michaud, directrice générale adjointe du village.     

— Juliette Babin, Agence QMI

 

Une épicerie devenue «le nouveau perron de l’église»

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Photo Agence QMI, Daniel Deslauriers

Village dévitalisé s’il en est un, Val-des-Lacs, dans les Laurentides, est la preuve vivante qu’il est possible de faire face à l’exode des commerces et des services, et de réussir avec des moyens limités.

Lorsque l’épicerie du village a fermé ses portes en 2017, un groupe de citoyens bénévoles s’est réuni afin de trouver un moyen d’offrir à la population un service de proximité en alimentation.

Jusqu’à l’ouverture de l’épicerie Le Saint-Agricole, en décembre 2020, Val-des-Lacs était considérée comme un désert alimentaire. 

Encore aujourd’hui, à l’exception de cette épicerie, aucun commerce n’a pignon sur rue au cœur de ce village de 800 habitants.

«Le plus proche dépanneur est à 10 km en allant vers Sainte-Agathe, au sud [...]. La population du village est vieillissante et les chemins sont hasardeux en hiver. C’était une situation intenable», explique Michel Robillard, président du conseil d’administration de la coopérative fondée pour la création de l’épicerie. 

Aujourd’hui, Le Saint-Agricole compte 510 membres, emploie huit personnes et offre quelques milliers de produits étalés sur 2600 pieds carrés.

Les produits locaux y sont priorisés. L’épicerie y vend d’ailleurs sa propre bière, La Saint-Agricole, brassée par la microbrasserie La Veillée située à Sainte-Agathe-des-Monts. 

«Cette épicerie est devenue en quelque sorte un lieu de rassemblement. Certains clients disent que, la fin de semaine, c’est le nouveau perron de l’église», confie M. Robillard. 

 — Daniel Deslauriers, Agence QMI

 

Les citoyens interpellés durant la messe pour créer une coop

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Capture d'écran, TVA Nouvelles

La fermeture de la seule épicerie de Saint-David-de-Falardeau, au Sague- nay, pousse les élus à mobiliser leurs concitoyens pour maintenir ce service alimentaire jugé essentiel.

Le maire, Germain Grenon, espérait que l’Intermarché Falardeau soit rache- té, mais ses propriétaires qui avaient atteint l’âge de la retraite l’ont fermé le 30 novembre dernier.

Préoccupé, M. Grenon a interpellé les gens de Saint-David durant la messe, le dimanche suivant, pour savoir s’ils voulaient une «vraie épicerie» avec un service de boucherie, etc.

«On a une population pour être capable d’avoir ça», croit cet élu aux rênes d’une municipalité de 2740 habitants, dont le nombre double durant la période touristique qui attire les amateurs de chasse et pêche, de ski, de motoneige et de randonnée.

Le plan du maire? Si la population met la main à la pâte pour créer une coopérative alimentaire, la municipalité offrira son terrain en face de la maison des jeunes, près du coeur du village.

Pour les élus de cette municipalité, située à environ 20 km au nord de Chicoutimi, il est primordial de conserver ce service de proximité, notamment pour ceux qui ne possèdent pas de voiture.

«Ça appartiendrait aux Falardiens!» ajoute le maire, qui s’engage à offrir les premiers 100 $ pour devenir membre de cette coopérative, pour encourager les gens à appuyer le plan.

 — Caroline Lepage, Agence QMI 

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