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Langue française dans le monde: à nous de jouer!

L’enjeu fondamental pour l’avenir du français dans le monde est aujourd’hui celui de la diversité linguistique et de la «découvrabilité» des contenus francophones sur les grandes plateformes numériques, essentiellement les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, auxquels il faut ajouter Netflix et Spotify). Pratiquement toutes des multinationales états-uniennes.  

Un exemple récent: 30 % des albums en format physique vendus au Québec sont attribuables à des artistes québécois alors qu’ils n’ont obtenu que 8 % des écoutes en ligne. Pourquoi ? Parce que les algorithmes déterminés par ces grandes plateformes recommandent très majoritairement des chansons en langue anglaise.  

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En d’autres termes, l’offre est là, excellente d’ailleurs, mais «le public québécois n’est pas suffisamment exposé à sa musique», nous dit, avec raison, David Bussières d’Alfa Rococo. 

Scène internationale

Que faire? D’abord, ici, nous devons nous assurer que le projet de loi C-11 soit enfin adopté par la Chambre des communes à Ottawa. Le gouvernement fédéral a littéralement perdu les quatre années de son premier mandat, durant lequel il était majoritaire, en niant la réalité de l’invasion de ces plateformes et de ses conséquences délétères sur l’avenir des cultures québécoise et canadienne. Sur l’avenir du français au Canada et au Québec. 

Il faut aussi agir sur la scène internationale et, dans ce cas, le Québec peut le faire à travers l’Organisation internationale de la Francophonie, qui demeure la seule institution multilatérale à laquelle notre gouvernement participe de plein droit depuis ses débuts, à la suite d’une bataille épique avec Ottawa.  

Tous les premiers ministres québécois qui se sont succédé à cette tribune ont joué un rôle, souvent déterminant, dans l’approbation et la concrétisation de certains projets ayant une valeur existentielle pour nous. Le plus connu étant celui de l’adoption par l’UNESCO en 2005 de la «Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles» qui permet aux pays qui le décident d’exclure la culture des accords de libre-échange. 

Cette convention doit son existence en bonne partie à la mobilisation des pays francophones lors du Sommet de Beyrouth de 2002 où Bernard Landry et le représentant du roi du Maroc ont présenté à leurs pairs cette idée qui a abouti trois ans plus tard. C’était le temps béni de la Francophonie dirigée par le duo formé d’Abdou Diouf, l’ancien président du Sénégal, et de Clément Duhaime, le diplomate québécois le plus doué de sa génération. 

À la mi-novembre s’est tenu à Djerba en Tunisie le XVIIIe Sommet de la Francophonie. Son thème était justement «La connectivité dans la diversité» et l’article 21 de sa «Déclaration sur la langue française» stipule que: «Nous prendrons des mesures nationales et participerons à la coopération internationale en faveur d’une meilleure découvrabilité des contenus [...] en ligne, en langue française et dans les langues nationales». 

Leadership

Voilà où le Québec doit entrer en jeu en prenant le leadership de la mise en œuvre de cette résolution pour qu’elle ne reste pas lettre morte comme tant et tant d’autres décisions d’organisations similaires. Le gouvernement peut déjà compter pour la suite sur un comité franco-québécois rattaché aux ministères de la Culture de part et d’autre de l’Atlantique ainsi que sur de multiples travaux universitaires, ou non, fort pertinents. 

Enfin, au lendemain de la COP15 qui s’est tenue à Montréal, rappelons-nous que la diversité linguistique et culturelle est tout aussi importante pour l’avenir de notre nation et de la planète que la biodiversité. 

Louise Beaudoin, ancienne ministre

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