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«Died suddenly»: sur les réseaux sociaux, la mort récupérée par les antivaccins

Lisa Marie Presley et Jeff Beck, victimes du vaccin anticovid ? Sur les réseaux sociaux, le mot-clé «died suddenly» (mort subitement) apparaît dès qu'une célébrité meurt, attribuant son décès au vaccin. Malgré l'absence totale de fondement scientifique, la rumeur connaît un franc succès.

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La vaccination anticovid est un sujet majeur de désinformation depuis ses débuts en 2021 et les affirmations liant vaccins et décès soudains connaissent un regain de viralité depuis la sortie fin novembre d'une vidéo intitulée «Died suddenly».

Ses images chocs de personnes jeunes s'écroulant sans raison apparente, entrecoupées de commentaires anxiogènes sur les vaccins, avaient cumulé plus de 9 millions de vues sur la plateforme vidéo Rumble au 17 janvier.

Dès le lendemain de sa sortie, le mot-clé «diedsuddenly» a explosé sur Twitter, passant de 4000 tweets le 20 novembre à plus de 76 000 le 22.

«Chaque fois qu'un tweet fait le lien entre la mort et le vaccin, c'est le buzz assuré», analyse la sociologue française des sciences et des croyances Romy Sauvayre (Université de Clermont Auvergne), interrogée par l'AFP.

«Une vieille technique des antivax», abonde l'oncologue américain David Gorski sur le site de lutte contre la désinformation médicale Sciencebasedmedicine, tout en rappelant qu'«il n'y a pas de preuve de corrélation, encore moins de lien de causalité» entre le vaccin et ces décès soudains.

Morts subites d'athlètes, listes de médecins décédés... Les exemples de publications attribuant des décès aux vaccins sont innombrables et ont donné lieu à de nombreux articles de vérification de l'AFP ces dernières semaines.

«Peurs infondées»

Si de très rares effets secondaires ont été rapportés, la pharmacovigilance ne montre pas de vagues de décès soudains dus aux vaccins, ce que confirment les scientifiques.

Les fausses informations brodant sur le thème de la mort subite semblent inépuisables, la majorité de la population mondiale étant aujourd'hui vaccinée.

Pour les anti-vaccins, explique Mme Sauvayre, ces infox s'inscrivent dans un «biais de confirmation»: «des personnes déjà convaincues [de la nocivité du vaccin, NDLR) vont voir confirmer leur croyance».

Les vaccins ont toujours été sujets aux peurs infondées, rappelle-t-elle: «celui contre l'hépatite était accusé de donner la sclérose en plaques, celui contre la rougeole de provoquer l'autisme».

Avec les vaccins à ARN messager, «on passe dans une autre dimension: ils sont suspectés de modifier la génétique et de tuer». Le vaccin serait utilisé «pour réduire la population mondiale», affirment des internautes.

À tel point que certains affirment que la surmortalité observée en France en 2022 est due aux vaccins. Si la surmortalité constatée par les anti-vaccins est confirmée par l'Insee, elle n'est en aucun cas liée au vaccin anticovid, mais au virus lui-même qui, selon l'OMS, a fait 6,6 millions de morts dans le monde.

Mardi, alors que l'Insee annonçait que la France a enregistré en 2022 son plus bas taux de natalité depuis 1946, des internautes y voyaient aussi la marque du vaccin, responsable d'une «baisse de fertilité», voire de «fausses couches». Là encore, des affirmations maintes fois démenties par de nombreux médecins.

Flou sur la mort

«La mort reste entourée d'un certain mystère, avec une empreinte un peu philosophique», observe Sebastian Dieguez, spécialiste du complotisme à l'Université de Fribourg (Suisse), ajoutant que le complotisme surfe sur le flou autour des causes de la mort «pas toujours faciles à élucider».

Aligner les exemples de décès pour les lier, sans preuve, aux vaccins, constitue «un filon inépuisable» de désinformation, selon lui.

La mort des vedettes, en particulier, a toujours été un terrain propice à la spéculation, relève le sociologue, prenant comme exemple les légendes entourant le décès prématuré d'Elvis Presley.

Après l'arrêt cardiaque du footballeur américain Damar Hamlin en plein match début janvier, les mentions «died suddenly» ont quadruplé sur Twitter, selon l'ONG américaine CCDH (Centre de lutte contre la haine en ligne).

«Littéralement quelques secondes après la mort de Lisa Marie Presley ou Jeff Beck, des tweets ont fait le lien entre leur décès et le vaccin», remarque Sebastian Dieguez, «on exploite des drames pour marquer des points idéologiquement sur la question des vaccins».

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