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TDAH: une réflexion québécoise s’impose

a child whose depression is sitting on the floor

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Un article publié dans la Presse Plus de ce matin fait état des résultats préliminaires (confirmant d’ailleurs des publications faites dans d’autres milieux) d’une étude de l’UQAM démontrant que les enfants plus jeunes, nés en juillet-août-septembre avaient plus de chances de se voir accorder un diagnostic de TDAH, soit 20,8% de la cohorte. Mais chez les autres, plus vieux et supposément plus matures, un diagnostic avait quand même été posé chez 15,4%, ce qui est énorme.  

Au début de 2019, quelques dizaines de pédiatres avaient publié une lettre dans les médias, dénonçant l’augmentation inquiétante de prescriptions de médicaments pour l’hyperactivité.  

Les données pour les enfants et adolescents assurés par la RAMQ montraient une augmentation importante entre 2006 et 2015 de la consommation de médicaments pour le TDAH, atteignant même 14% chez les 10-12 ans. Chez tous les patients, qu’ils soient couverts par une assurance privée ou publique, l’utilisation atteignait 13.9% chez les 10-12 ans et 14,5% chez les 13-17 ans. Ces chiffres sont 3 fois plus élevés que dans le reste du Canada. 

Recommandations 

À la suite de cette prise de position médiatique, une commission parlementaire s'était vue confier le mandat de se pencher sur cette problématique et a tenu des audiences à l’automne 2019. Dans son rapport, la commission a sensiblement repris les recommandations de notre groupe de pédiatre, soit :  

- Fournir un meilleur accès aux ressources psychosociales aux enfants présentant des symptômes s’apparentant au TDAH  

- Mieux valider les outils diagnostiques utilisés par les médecins et les psychologues  

- Mettre à jour des lignes directrices avec le Collège des médecins et l’Ordre des psychologues, en accordant une attention particulière au TDAH sans hyperactivité  

- Offrir plus d’activités physiques aérobiques en milieu scolaire et en vérifier l’impact par des études pilotes  

- Limiter l’utilisation des téléphones cellulaires en milieu scolaire, et encore là en vérifier l’impact par des projets pilotes   

Nous ne pouvons que constater que ces recommandations sont restées lettre morte et que peu a été fait pour mieux gérer l’utilisation des médicaments pour le TDAH. 

Une nouvelle étude de l’INSPQ portant sur les usagers du régime public d’assurance médicaments a été publiée en 2022. Elle démontrait qu’il y avait une stabilité dans les prescriptions de médicaments pour le TDAH, mais à des niveaux encore passablement élevés (11,3% chez les 6-11 ans et 13,4% chez les 12-17 ans). 

Il faut dire que si les psychostimulants sont très efficaces pour diminuer l’agitation, l’impulsivité et la difficulté à se concentrer à court terme, on n’a jamais démontré leur efficacité à long terme. De plus, ils ont des effets secondaires à ne pas négliger, entre autres sur la croissance. 

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Dr Pierre-Claude Poulin, pédiatre retraité sur QUB radio : 

Plus de psychostimulants chez les québécois 

Ainsi le Québec est de loin le champion canadien pour la prescription de psychostimulants et autres médicaments pour le TDAH chez nos 5-18 ans, et probablement le champion mondial. Sommes-nous une société distincte d’accros aux pilules? 

Et pourtant nos enfants et nos adolescents jouent probablement aux mêmes jeux vidéos et sont aussi dépendants aux téléphones cellulaires et aux réseaux sociaux que ceux du reste du Canada ou des autres pays industrialisés. 

Dans notre première lettre de janvier 2019, nous en appelions à un examen de conscience des éducateurs, des psychologues, des parents et des médecins. 

Qu’avons-nous fait de nos enfants pour que leur agitation, leur impulsivité ou leur difficulté à se concentrer soit devenue telle que nous devons les médicamenter. Au début de ma pratique, il fallait être très convaincant pour que les parents acceptent de donner à leur enfant une médication pour le TDAH. Maintenant, il faut être très convaincant pour que les parents acceptent de ne pas médicamenter leur enfant et trouvent d’autres moyens pour gérer leur inattention et leur turbulence. 

J’implore les parents québécois d‘être plus critiques face au diagnostic de TDAH et à son traitement médicamenteux. J’implore les médecins et les psychologues d’améliorer leurs outils diagnostiques. J’implore les médecins de ne pas sauter trop rapidement sur leur « pad » à prescriptions pour aller vers la solution facile de médicamenter. 

Un examen de conscience sociologique s’impose sur cette facilité à avoir recours à une petite pilule pour traiter tout ce qui nous dérange. 

Photo fournie par Pierre Poulin.

Pierre C. Poulin, Pédiatre retraité, St-Georges

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