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Le bulletin chiffré: un problème parmi tant d’autres

Photo d'archives

Le débat sur l’évaluation des élèves a été relancé de nouveau dans les derniers jours. Chacun se campe dans sa position concernant les notes chiffrées dans les bulletins, mais le débat manque cruellement de nuance car cet enjeu comporte plusieurs aspects dont on parle peu en ce moment. 

En premier lieu, il faut souligner le problème de l’évaluation par compétences. Cet enjeu, dont on parle depuis l’implantation de la réforme au début des années 2000, ne fait toujours pas l’unanimité. Il est illogique de vouloir chiffrer l’acquisition d’une compétence à la base.

Évaluation hybride

Peut-on vraiment dire qu’un élève maîtrise la compétence de résoudre une situation-problème à 82%? En ce sens, quand on parle uniquement des compétences, évaluer selon une échelle (maîtrise «très bien, bien, difficilement ou pas») est la bonne chose à faire. Le problème se situe en réalité dans la fâcheuse habitude du «tout ou rien» en éducation.

La décision d’abandonner complètement l’évaluation des connaissances est à l’origine de ce débat. Par exemple, une personne peut avoir les meilleures compétences de communication écrite du monde et rédiger des textes d’une grande rigueur intellectuelle, si elle fait une faute de grammaire aux trois mots, ces compétences se révèlent inutiles. En ce sens, si nous souhaitons toujours conserver une évaluation des compétences, ce en quoi je crois, il faudrait plutôt avoir une évaluation hybride, soit des commentaires sur lesdites compétences et des notes chiffrées présentant le degré d’acquisition de connaissances. Même si un élève comprend parfaitement la notion du mouvement des plaques tectoniques, s’il croit que la terre est plate, nous ne sommes pas plus avancés.

  • Écoutez l'entrevue avec Simon Landry à l’émission de Philippe-Vincent Foisy diffusée chaque jour en direct 7 h 45 h via QUB radio :

La réussite pour tous

L’autre enjeu majeur est celui de notre mode d’organisation des classes au Québec. Le non-redoublement quasi systématique des élèves pose problème, peu importe si on évalue avec des chiffres ou des commentaires. La réalité est que l’organisation des classes en se basant uniquement sur la date de naissance des enfants est fondamentalement erronée. Les enfants devraient être regroupés dans des classes selon leur niveau de progression académique et non leur âge. Plusieurs citent le modèle finlandais afin de justifier l’évaluation par compétences et le non-redoublement, mais négligent de mentionner que dans ce type de modèle scolaire, les enfants ne sont pas nécessairement regroupés selon leur âge. D’ailleurs, des études démontrent qu’il y a plus de diagnostics de TDAH chez les «bébés de classe». Cela ne fait que renforcer l’argumentaire comme quoi regrouper les élèves selon leur date de naissance est une mauvaise idée.

Sans faire nécessairement redoubler une année entière à un élève qui n’a pas le niveau de connaissances ou de compétences requis, car cela peut grandement affecter la motivation scolaire, il faut néanmoins trouver des façons de faire reprendre ce qui n’est pas acquis à un élève avant de le faire cheminer au niveau suivant. La promotion par matière, notamment au secondaire, serait une avenue à considérer.

La réalité est que peu importe si on produit des bulletins avec des commentaires, des lettres, des chiffres ou des emojis, les problèmes sous-jacents du non-redoublement, de l’intégration des élèves en difficulté, des diplômes à rabais, de la mauvaise maîtrise du français, et bien d’autres encore ne se règleront pas par magie et le marasme éducatif au Québec se poursuivra.

Maquiller un système malade ne le guérira pas miraculeusement.

Travaillons tous ensemble pour donner aux enfants du Québec une réelle éducation de qualité.

GEN - SIMON LANDRY

PHOTO MARTIN ALARIE

Simon Landry, Enseignant, Montréal

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