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Chauffard récidiviste: 6 ans d’emprisonnement pour avoir tué son meilleur ami

Le chauffard récidiviste Ludovic Ruest-Labrie a été condamné lundi matin à une peine de six ans de pénitencier pour avoir causé la mort de son meilleur ami après une soirée arrosée dans un bar de Lévis dans la nuit du 15 au 16 octobre 2021.

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Ruest-Labrie et Jesse Roberge étaient «comme des frères». L’un n’allait pas sans l’autre. Mais le soir du drame, en choisissant de conduire, l’accusé a scellé le sort de son ami.

Et ce, malgré le fait que des proches leur aient offert un raccompagnement plus tôt dans la soirée et même si Ruest-Labrie a admis avoir songé à appeler un taxi ou son père avant de s’installer derrière le volant.

Cette insouciance et le fait qu’il soit un récidiviste lui ont finalement valu une peine de six ans d’emprisonnement et une interdiction de conduire de cinq ans à partir de la fin de sa peine. 

Le juge Bernard Lemieux a insisté sur le fait que l’accusé avait choisi de façon «consciente et réfléchie» de prendre le volant pour expliquer sa sentence.

«La responsabilité pénale de l’accusé est entière et importante. Son degré de responsabilité morale est élevé», a mentionné le magistrat, ajoutant toutefois croire à la réhabilitation de l’accusé. «La peine doit en tenir compte».

La procureure de la Couronne Valérie Bélizaire-Joseph a qualifié la peine de «satisfaisante», elle qui demandait un total de neuf ans d’emprisonnement.

«Les peines doivent refléter l’aversion que la société a envers ce type d’infraction. On parle d’un individu qui avait un antécédent et qui devait être conscientisé», a expliqué la procureure, précisant que l’on s’approchait des objectifs de dissuasion visés par le DPCP. 

«Ça va être encore du travail, ça ne se fera pas en un claquement de doigts, mais les tribunaux sont de plus en plus conscientisés. On y arrive, lentement, mais surement.»

Remords

En sanglots une bonne partie de la lecture de la décision du juge Lemieux lundi matin, Ludovic Ruest-Labrie est apparu rongé par les remords qui pèsent sur lui depuis cette soirée fatidique.

Le rapport présentenciel confectionné fait état de ces regrets, précisant que le jeune homme «n’arrive pas à se pardonner».

Dans la salle, autant les proches de la victime que ceux de l’accusé étaient bouleversés de le voir repartir à l’ombre pour les 49 mois qui lui reste à purger. Au moment des observations sur la peine, le père de Jesse Roberge, Serge, avait même mentionné ne pas en vouloir à l’accusé.

«Prends-toi en main et ensuite, au besoin, je vais être là», avait promis M. Roberge, sentiments qu’il a réitérés lundi. (Voir autre texte)

Le père de Ludovic Ruest-Labrie s’était lui aussi adressé à la cour, demandant au juge de le punir, mais de ne pas le détruire. «Il faut récupérer ce qu’il reste de lui», implorait Christian Labrie.

Rappel des faits

Le drame est survenu sur la route du Président-Kennedy au petit matin du 16 octobre 2021. Ludovic Ruest-Labrie, qui était sous le coup de la mesure ‘’Tolérance Zéro’’ et qui avait un antidémarreur éthylométrique dans sa voiture en raison d’une première condamnation en 2017, était au volant du véhicule de son ami Jesse Roberge.

En repassant devant le resto Délice, où ils avaient passé la soirée, Ruest-Labrie a perdu le contrôle du véhicule et a violemment heurté un poteau électrique au centre du terre-plein. L’impact survient du côté passager et ne laisse aucune chance à la victime.

Aux premiers témoins qui arrivent au véhicule, la victime a seulement le temps de dire qu’il s’appelle Jesse et qu’il «ne sent plus rien» avant de perdre conscience. Les manœuvres de réanimation ont été insuffisantes pour le sauver.

Aux policiers, Ruest-Labrie dira d’abord qu’il n’avait bu que quatre bières, mais la preuve a démontré que la soirée du duo au Délice avait été très arrosée. Les analyses d’échantillons de sang ont démontré que l’accusé avait plus de trois fois la limite permise d’alcool dans le sang.

Pierre-Paul Biron

POUR LE PÈRE DE LA VICTIME: «IL N’Y AURA JAMAIS PERSONNE DE GAGNANT DE CETTE HISTOIRE»

C’est un père de famille déchiré qui est apparu à sa sortie du tribunal à la suite du prononcé de la peine de six ans de celui qui lui a pris son fils dans une «mauvaise décision», mais qui était aussi comme un membre de la famille. 

«Il n’y aura jamais personne de gagnant dans cette histoire», a laissé tomber Serge Roberge, arborant un chandail commémoratif à la mémoire de son fils Jesse, le montrant tout sourire durant un match de hockey.

D’ailleurs, l’accusé Ludovic Ruest-Labrie et Jesse Roberge ont toujours joué ensemble au hockey, depuis qu’ils étaient petits. «C’était deux grands amis, ça venait en paquet de deux comme l’a dit Ludo. Ils ont grandi ensemble», a expliqué M. Roberge, indiquant qu’il serait là pour Ruest-Labrie à sa sortie «au besoin et surtout, s’il se prend en main».

Un message qui ne passe pas

Le père de famille semblait déchiré entre le message à envoyer au sujet de l’alcool au volant et le lien fort qui unissait l’accusé et son fils.

«Si c’était un inconnu qui avait tué mon gars, non ça n’aurait pas été assez sévère», a admis M. Roberge, ajoutant toutefois ne pas savoir ce que ça prendrait pour faire comprendre le message. «Ceux qui vont le faire encore n’ont rien compris. Ils viendront ici à notre place et vous les interrogerez. [...] Est-ce que ça va faire réfléchir? Non.»

Lorsque questionné à savoir comment on parvient à se reconstruire après un tel drame, Serge Roberge a pris une longue pause avant d’affirmer «qu’on continue pour les autres, ceux qui restent».

«J’ai un petit-fils de 10 mois. [Mon autre fils] nous a fait un beau cadeau, il l’a appelé Jesse, comme son frère», a témoigné l’homme, les yeux dans l’eau. «Il faut être fort, c’est moi le père».

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