/news/politics

Les libéraux disent s’inspirer de Robert Bourassa

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Marc Tanguay, prône un retour à l’approche de Robert Bourassa pour son parti, et il fustige le gouvernement Legault pour son utilisation préventive de la clause dérogatoire. Or, l’ex-premier ministre a invoqué cette clause pas moins de dix-neuf fois.

• À lire aussi: Partielle dans Saint-Henri-Sainte-Anne: les libéraux s’en prennent à Québec solidaire

• À lire aussi: «La marque du PLQ est brûlée»

• À lire aussi: La position du PLQ sur la clause dérogatoire ne fait pas l'unanimité

«Je m’inspire beaucoup de Robert Bourassa, et notre caucus également», a admis Marc Tanguay en marge du caucus présessionnel de son parti, mardi après-midi, à Lac-Beauport, dans la Capitale-Nationale.

Quand il a été nommé chef par intérim, M. Tanguay a demandé à son équipe de lui trouver les discours de l’ex-premier ministre libéral. Il en a également suggéré la lecture aux députés libéraux.

La raison de cette admiration est simplement qu’il retrouve dans la pensée de M. Bourassa ce qui est selon lui «l’ADN» libérale. «Pour Robert Bourassa, la force de notre économie au Québec est la meilleure garante de la force de notre nation francophone», a-t-il expliqué, avec un certain enthousiasme.

«La force économique va être la meilleure garante de quoi? De la force de votre culture, force de votre langue, le français, force de votre capacité de payer nos services sociaux, et ça c’est excessivement, c’est très Bourassa [...]. C’est ça l’avenir du Parti libéral du Québec», a-t-il poursuivi.

  • Écoutez la chronique de Marc-André Leclerc via QUB radio :

Quand on lui fait remarquer que le PLQ a évolué depuis les années Bourassa, M. Tanguay admet du bout des lèvres que le parti libéral semble s’être éloigné de l’approche qui était celle du père de l’assurance maladie. Il croit néanmoins qu’il est possible d’y revenir aujourd’hui, et que c’est l’intention de son parti.

«Dans les dernières années, peut-être qu’on n’a pas suffisamment insisté sur ce discours-là, mais il était là, et nous allons davantage insister là-dessus», a-t-il dit.
Clause dérogatoire

Quelques heures plus tôt, M. Tanguay fustigeait le gouvernement Legault pour son utilisation préventive de la clause dérogatoire, notamment dans la loi 21 sur la laïcité et dans la réforme de la charte de la langue française.

Défendant l’idée que les tribunaux doivent mettre des balises à cette clause pour en éviter une utilisation abusive de cette clause qui permet à l’Assemblée nationale de se soustraire à certains articles de la charte canadienne ou de la charte québécoise des droits et libertés, le chef libéral a, là aussi, évoqué le souvenir de Robert Bourassa.

«J’ai donné souvent l’exemple de Robert Bourassa en 1988 avec la langue d’affichage, et qui lui avait permis, pas en passant la gratte sur tous les droits et libertés de tout le monde, et de revenir cinq ans après avec une solution qui est encore en vigueur aujourd’hui [...], à savoir la prépondérance du français. C’est un équilibre», a-t-il exposé.

Bourassa, champion de la dérogation

L’utilisation de cet exemple fait sourire le professeur de droit à l’Université de Sherbrooke, Guillaume Rousseau. «On donne toujours l’exemple de la loi sur l’affichage, mais toutes les autres fois où Robert Bourassa a utilisé la clause dérogatoire, c’était à titre préventif», a-t-il rappelé.

D’ailleurs, Robert Bourassa n’a pas lésiné avec cette disposition. Il l’a utilisé à 19 reprises, dont 18 fois à titre préventif.

Et il ne s’agit pas du seul premier ministre libéral à avoir eu recours à cette clause. Selon M. Rousseau, Jean Charest s’en est servi à huit reprises, et Philippe Couillard, cinq fois plutôt qu’une.

«C’est que la clause dérogatoire doit être reconduite aux cinq ans. C’est essentiellement ce qu’ont fait Jean Charest et Philippe Couillard», dit le professeur de droit.

«D’ailleurs, Marc Tanguay était député quand le gouvernement majoritaire de Philippe Couillard a reconduit la clause dérogatoire sur cinq articles d’une loi sur les retraites. Est-ce que Marc Tanguay est en train de dire aujourd’hui qu’il ne renouvellerait pas ces utilisations de la clause ?» s’est interrogé M. Rousseau.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.