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École publique: ça suffit le chaos!

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Photo Adobe Stock

Effacée derrière la controverse sur le bulletin chiffré, la question de l’« école à trois vitesses » échappe à une réflexion de fond. Selon une opinion répandue, l’existence de ces trois paliers serait une insulte à l’équité et un obstacle à la progression des élèves en difficulté. 

Il faudrait donc supprimer le soutien aux établissements privés et limiter les programmes particuliers pour « forcer » un retour au secteur public et un nivellement censé profiter aux moins doués.

Ramener les élèves du privé au public est une idée séduisante, ne serait-ce que pour favoriser la mixité sociale au-delà des différences économiques et culturelles. Néanmoins, il faut prendre la question par le bon bout : pourquoi les écoles privées et les programmes particuliers sont-ils si courus, malgré leur coût parfois prohibitif?

Le vrai problème

Voici l’image des classes ordinaires publiques : bâtiments délabrés, classes chaotiques, enseignants régulièrement injuriés et même frappés, soumis aux caprices d’une minorité de parents-rois, intégration « sauvage », temps majoritairement consacré à la gestion de classe plutôt qu’à l’enseignement, maquillage de notes... Pas étonnant que pour les parents, surtout en milieu urbain, ce soit le sauve-qui-peut vers les programmes particuliers et l’école privée. Ces options sont alléchantes parce qu’on y retrouve la rigueur, le respect de l’autorité et l’excellence, à peine troublés par l’occasionnel chahut de ce qu’on appelait autrefois les « élèves dissipés ».

De leur côté, les pontifes de l’éducation protestent contre les partisans du bulletin chiffré, qu’ils traitent de « gérants d’estrade ». Oublions un instant le bulletin chiffré, un sujet de débat insuffisamment nuancé, et regardons les résultats de dizaines d’années de « renouveau pédagogique » : des diplômés de plus en plus illettrés, incultes et mal préparés aux pressions et aux exigences des études supérieures et du monde du travail et, de surcroît, de plus en plus déracinés de la société québécoise à laquelle ils sont appelés à participer. Devant de tels résultats, les parents qui en ont soupé du « socioconstructivisme » s’accrochent au bulletin chiffré; à vrai dire, ils prendraient l’avis d’un singe avant celui des experts patentés ayant conduit l’école à ce désastre.

Nivellement vers le bas

Ironiquement, lorsque ces parents étaient à l’école, les « trois vitesses » existaient déjà : l’école privée, les classes ordinaires et les classes spéciales pour élèves en difficulté. Maintenant, ceux-ci sont « intégrés » sans rime ni raison (et surtout sans le soutien spécialisé nécessaire) aux classes ordinaires sous prétexte de les « normaliser ». Les classes ordinaires, où règne la médiocrité, ont pris la place des classes spéciales, au détriment des élèves « lambda » qui y sont coincés; les programmes particuliers se sont taillé une place comme échappatoires aux classes ordinaires; et le secteur privé prospère toujours.

C’est la faute au détournement de fonds vers le secteur privé, scanderont les partisans de l’égalité à tout prix. Supprimez les subventions au privé, réinjectez cet argent dans le public, et tout rentrera dans l’ordre.

Hélas, il faudra plus que de l’argent pour soigner les maux de l’école publique. Voulez-vous vraiment convaincre les parents d’y inscrire leurs enfants et d’économiser leurs sous? Commencez par y restaurer la discipline et l’autorité des enseignants. Réparez les écoles délabrées, réhabilitez les classes spéciales, matez les parents-rois, refaites de l’enseignement une profession au lieu d’un missionnariat. Surtout, cessez de faire des classes ordinaires le lit de Procuste où tous les élèves doivent se rapetisser à la taille des moins doués ou des plus turbulents. C’est ainsi que l’école publique commencera à regagner la confiance de l’ensemble des parents.

Caroline Morgan, Traductrice, Saint-Lambert

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