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Trudeau «appuie à 100 %» Amira Elghawaby, mais un malaise persiste

La nomination d’Amira Elghawaby suscite un malaise chez les libéraux fédéraux, même si leur chef Justin Trudeau continue d’appuyer sa nomination «à 100 %» malgré une série de propos controversés sur le Québec à travers les années.

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«Comme je l’ai dit la semaine dernière, comme Québécois j’ai été profondément blessé par ses propos. Je le suis encore d’ailleurs. Son job, son travail, c’est d’ouvrir le dialogue. Moi je suis prêt à discuter», a déclaré le lieutenant du Québec Pablo Rodriguez, qui doit la rencontrer jeudi.

Le député Joël Lightbound est probablement celui qui est allé le plus loin, en réclamant des «excuses senties» de la part de Mme Elwaghaby.

«On ne répond pas à des préjugés par d’autres préjugés», a déclaré le député de la région Québec, rappelant au passage sa vive opposition à la Loi 21, qu’il juge «odieuse».

Appelé à savoir s’il était «à l’aise» avec le choix de Mme Elghawaby, le ministre de la Justice David Lametti a dit : «je ne suis pas à l’aise avec les commentaires originaux. Je ne partage pas cette opinion, mais comme j’ai dit c’est à elle de [les] clarifier».

«Je pense que tout le monde est unanime pour dire que les propos tenus par le passé manquaient de nuance et que des précisions devaient être apportées», a déclaré la ministre des Sports Pascale St-Onge.

Rappelons qu’entre autres choses, Amira Elghawaby écrivait en 2013 dans le «Toronto Star», à l’époque de la Charte des valeurs, que le «Québec d’aujourd’hui» était, comme les «sociétés occidentales» du XIXe siècle, obsédé par «la peur de la perte de la pureté - du sang pur, de la race pure, des traits et des valeurs et des liens nationaux purs». Elle citait alors le philosophe canadien John Ralston Saul.

Écoutez l'entrevue sur le sujet de Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes à l’émission de Richard Martineau via QUB radio :

Pas de changement en vue

Le premier ministre Justin Trudeau persiste et signe, convaincu d’avoir fait le bon choix.

«Elle a démontré tout au long de ses années de travail une sensibilité, une ouverture et une rigueur dont on a besoin maintenant», a affirmé le premier ministre à l’entrée d’une réunion de son caucus.

«Je comprends que faire face à l’islamophobie, ça va exiger des conversations importantes et parfois difficiles, mais on a besoin de quelqu’un qui s’y connaît, qui est ancré à fond et je sais que c’est la bonne personne», a-t-il ajouté.

Même s’il indique toujours être en train de «revoir ses commentaires», le ministre responsable de la Diversité, Ahmed Hussen, a défendu sa recommandation au cabinet du premier ministre et déclaré qu’elle avait déjà «clarifié ses commentaires en lien avec l’islamophobie».

Choqué par la décision, le chef du Bloc québécois a livré une charge à fond de train contre le gouvernement Trudeau, qu’il a accusé d’«instrumentaliser» la question pour faire du capital politique sur le dos du Québec.

«La culpabilisation ou l’accusation de racisme, de xénophobie ou d’islamophobie à l’encontre des Québécois qui se pratiquent par ce premier ministre-là depuis des années semble faire recette au Canada et peut-être lui conférer non seulement un confort idéologique, mais un positionnement électoral en vue d’une hypothétique prochaine élection», a lancé le chef bloquiste lundi.

M. Blanchet et Mme Elghawaby se rencontreront en début d’après-midi mercredi.

La militante pour les droits de la personne Amira Elghawaby, nommée par Justin Trudeau au poste de représentante spéciale pour la lutte contre l’islamophobie a tenu par le passé des propos controversés sur le Québec.

En 2021, un article d’opinion paru dans le Globe and Mail et écrit par un professeur de philosophie de l’Université de Toronto défendait la thèse selon laquelle les Canadiens français étaient, «le plus grand groupe à avoir été victimisé par le colonialisme britannique, subjugué et incorporé dans la confédération par la force».

Mme Elghawaby avait alors écrit: «Je vais vomir», sur son compte Twitter.

Toujours en 2021, dans un texte paru sur le site de CTV News, Mme Elghawaby a établi un lien entre la loi 21 et l’assassinat de quatre membres d’une famille du Pakistan à London, en Ontario.

En 2019, dans un article d’opinion paru dans le Ottawa Citizen, Amira Elghawaby et le président du Réseau canadien anti-haine, Bernie Farber, de confession juive, déclaraient que «malheureusement, la majorité des Québécois semblent influencés non pas par la primauté du droit, mais par un sentiment antimusulman».

Les auteurs se basaient sur un sondage de la firme Léger qui trouvait que 88 % des Québécois ayant une perception négative de l’islam étaient défenseurs de la Loi sur la laïcité de l’État.

En 2013, à l’époque de la Charte des valeurs proposée par le Parti québécois de Pauline Marois, Mme Elghawaby avait dans un texte du Toronto Star cité le philosophe canadien John Ralston Saul, qui expliquait que les «civilisations bourgeoises» des «sociétés occidentales» ont «progressivement glissé vers les peurs paranoïaques du XXe siècle». «Peur de quoi? La peur de la perte de la pureté - du sang pur, de la race pure, des traits et des valeurs et des liens nationaux purs», disait-il.

À la suite de cette citation, Mme Elghawaby affirmait que l’écrivain pouvait «aussi bien écrire au sujet du Québec d’aujourd’hui».

Dans le même texte, elle écrivait aussi que la Charte des valeurs était une manière pour le Québec de «remettre les ethniques à leur place» - en référence à la déclaration de Jacques Parizeau après l’échec du référendum de 1995.

En reprenant l’expression de Pauline Marois, la militante arguait que la Charte des valeurs était effectivement un document «unificateur», mais seulement pour les «Québécois pure laine».

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