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Enquête publique Carpentier: «C’était tout croche», avoue un policier retraité de la SQ

Aujourd’hui retraité, le policier André Bernard n’a plus de compte à rendre et l’affirme sans détour : la décision de l’état-major de restructurer le module des mesures d’urgence a entraîné une perte d’expertise qui a joué un rôle dans l’issue du dossier Carpentier.

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L’opération de recherche pour retrouver Norah et Romy Carpentier aura été la dernière de la carrière d’André Bernard, qui a passé ses 10 dernières années comme policier au module des services d’urgence, notamment à l’unité de recherches terrain.

«J’adorais cette job-là, c’était ma vie», a d’ailleurs confié le policier à l’enquête publique jeudi.

Or, l’issue du dossier Carpentier l’a profondément heurté.

«J’étais tellement frustré de la tournure des événements. Quand j’ai été relevé de l’événement, j’avais juste le goût de trouver les journalistes et de raconter ce qui s’était passé, à quel point c’était tout croche», a raconté l’agent Bernard au coroner.

CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES

Coupures

Ses frustrations sont évidemment liées à la mort des enfants, mais selon lui, l’issue découle de décisions administratives ayant mené à une perte d’expertise majeure au département des recherches terrain.

«Il y a eu beaucoup de coupures. Ce qu’on entendait, c’est que la SQ a longtemps voulu nous fermer», a-t-il témoigné, précisant que la réorganisation finale de l’unité était venue en 2019. Selon l’agent, entre 2012 et 2019, son unité basée à Mascouche est passée de «25, 30 patrouilleurs spécialisés» à une douzaine.

«Après, ils ont décidé de rouvrir sous un autre nom, le module d’intervention. Mais il fallait réappliquer sur des concours pour avoir des postes. On avait de très bons policiers, des excellents techniciens de recherches qui étaient formés, mais en fermant, en envoyant tout le monde ailleurs, l’expertise s’est perdue», a expliqué avec verve l’ancien policier.

«Étiez-vous prêt à affronter l’affaire Carpentier», a questionné le procureur du coroner, Me Dave Kimpton.

«Non», a insisté M. Bernard.

Une décision «qui ne fait pas de sens»

Vient ensuite la décision de laisser tomber des traces de pas observées dans les bois pour déplacer les recherches 8 kilomètres plus loin, après que des cris aient été entendus durant la nuit du 9 au 10 juillet.

Une décision «qui n’avait aucun sens» martèle André Bernard.

«La théorie veut qu’on reparte toujours du dernier point connu et là, on l’a le point, c’est la trace», s’est remémoré l’agent à la retraite. Ce dernier assure avoir avisé son supérieur à plusieurs reprises dans la journée du 10 que les marcheurs «n’avaient pas d’affaires là» et qu’ils auraient dû suivre la piste des premières traces.

Le matin du 11 juillet, après la reprise des recherches autour des traces observées le 9, les corps de Norah et Romy ont été retrouvés sans vie.

«D’avoir perdu 24 heures, d’être allés ailleurs, je pouvais pas croire qu’on les avait manqués», a martelé M. Bernard, encore marqué de cet échec qui aura conclu sa carrière, ajoutant clairement croire que l’issue n’aurait pas dû être celui-ci.

Un «cri de mort» en apercevant le premier corps

Le policier qui a retrouvé le premier corps, celui de Norah Carpentier a poussé «un cri de mort» en apercevant «les petites shorts rouges» durant l’opération de recherche, ce qui confirmait le pire.

«J’ai couru, j’ai été voir et j’ai vu qu’elle était couchée sur le ventre», a raconté avec émotion le sergent Martin Boulanger, qui faisait partie de la «ligne de marche» qui a retrouvé les petites.

C’est lui qui a malheureusement constaté le décès de Norah très rapidement.

«Je l’ai prise pour voir si elle était vivante et c’était évident. J’ai enlevé mon gant et elle était très froide», a expliqué le policier, admettant avoir vécu «un état de choc», comme l’ensemble de ses collègues qui l’accompagnaient.

Le corps de Romy a ensuite été retrouvé une vingtaine de mètres plus loin.

«J’étais tellement fâché de trouver les filles comme ça. Je ne peux pas croire qu’on a manqué ça. J’aurais arraché la tête de quelqu’un», a également témoigné le policier André Bernard, qui accompagnait M. Boulanger.

Objets retrouvés

Les policiers de l’identité judiciaire Marco Cloutier et Pier-Luc Brisson sont ensuite venus raconter au coroner Luc Malouin ce qu’ils avaient observé près des scènes.

Un bout de branche d’un peu moins d’un mètre sur lequel a été retrouvé de l’ADN correspondant à celui de Martin Carpentier sur l’une des extrémités et à celui de ses deux filles sur l’autre bout.

Sous Norah, une pile de morceaux de bois installés pour faire un feu a été découverte. Sous un de ses bras, une petite pelle d’enfant rouge et près du corps, un briquet à barbecue ont été trouvés. L’enquête a permis d’établir que ces objets provenaient d’une roulotte à proximité.

Des traces de la présence de Martin Carpentier ont été retrouvées à cet endroit qui ne se trouve pas très loin d’où ont été retrouvées les deux dépouilles.

Enquête publique du coroner : faits saillants de la semaine 2

  • Des délais importants avant de lancer l’alerte Amber, causés en partie par une méconnaissance du risque que représentait Martin Carpentier
  • Des effectifs insuffisants lors des premiers jours de recherches – seulement 6 policiers spécialisés la journée du 9 juillet
  • Les recherches déplacées de 8 km malgré la découverte d’une trace de pas
  • Des coupes à la SQ qui ont eu un effet sur l’expertise en recherches terrain
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