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«Laissez-nous travailler!»: un chirurgien de Montréal dénonce le manque de salles d’opération pour ses patients atteints d’un cancer

Il implore le gouvernement québécois de déployer davantage d’efforts pour retenir le personnel et débloquer plus de lits d’hôpitaux

Même si tous ses patients sont atteints d’un cancer, un chirurgien-oncologue de Montréal dénonce le fait qu’il doit maintenant choisir lequel opérer en priorité, au détriment des autres, par manque de salles d’opération.

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« Laissez-nous travailler ! » tonne le Dr Nader Sadeghi, du département d’otorhinolaryngologie au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui se spécialise dans les cancers de la gorge, bouche, cou ou de la glande thyroïde.

Il implore le gouvernement québécois de déployer davantage d’efforts pour retenir le personnel et débloquer plus de lits d’hôpitaux, car sa situation est loin d’être unique.

« Parfois, je n’ai même pas trois jours par mois en salle d’opération. Si j’ai quatre jours, je suis content », se désole Dr Nader Sadeghi, qui précise que la situation serait pire aujourd’hui que l’an passé.

Choisir le plus urgent

Ce qui avait commencé avec la pandémie de COVID-19 est devenu une pratique courante. Toutes les semaines, ses collègues et lui se réunissent pour déterminer quel patient est le plus urgent et qui peut encore attendre une semaine ou un mois de plus.

« C’est écœurant [...] Il faut choisir quel patient, avec quel cancer, on va opérer la semaine suivante et les autres doivent attendre », explique le chirurgien. 

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PHOTO FOURNIE PAR CUSM

Récemment, il a dû annuler la chirurgie d’une patiente, qui avait suivi des traitements de chimiothérapie au préalable, car l’opération se serait terminée après 15 h 30. Même si le médecin voulait rester, il n’y avait pas de personnel pour l’assister.

À un autre moment, une urgence imprévue a rendu indisponible la salle d’opération. Il a dû négocier avec d’autres chirurgiens pour trouver un cas moins urgent et lui permettre de soigner son patient.

« Ce qui est triste, c’est que les gens ne sont même plus fâchés, car ça arrive tellement souvent », dit-il. Une situation néanmoins frustrante et sur laquelle les médecins n’ont aucun contrôle.

  • Écoutez l'entrevue avec Dr Nader Sadeghi, du département d’otorhinolaryngologie au Centre universitaire de santé McGill avec Mario Dumont sur QUB radio :

Au profit du privé

Le Dr Sadeghi se désole de voir les infirmières et inhalothérapeutes quitter les hôpitaux au profit des cliniques privées où le gouvernement sous-traite de plus en plus de chirurgies d’un jour.

Selon lui, il faut s’efforcer de retenir le personnel et arrêter de s’enfoncer dans un cercle vicieux. « Ça ne fonctionne pas », remarque-t-il.

Il s’inquiète surtout des impacts sur la santé des patients, qui écopent de ces retards ou annulations répétées.

« Si je ne peux même pas soigner mes patients qui ont un cancer, c’est sûr que je ne peux même pas toucher les autres conditions [tout aussi importantes] », souligne-t-il.

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PHOTO FOURNIE PAR CUSM

Son hôpital n’est même pas l’un des pires de la province, avec un taux d’occupation de plus de 80 % aux salles d’opération. Mais ce nombre inclut seulement les 10 salles que le gouvernement permet d’utiliser et non les 13 disponibles dans le mégahôpital.

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