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Rares confidences d'un ex-motard

Brigitte Noël et Félix Séguin | Journal de Montréal

Un narcotrafiquant de Laval, qui a commencé à monter son réseau alors qu’il était encore adolescent, confie pour la première fois les dessous de sa vie interlope qui l’a mené vers le crime organisé et lui a ouvert les portes du puissant cartel d’El Chapo. 

Stéphane Galarneau avait 17 ans lorsqu’il a effectué sa première transaction : un aller-retour en Jamaïque pour ramener 1,2 kg de haschisch.  

Il n’en fallait pas plus pour que le jeune homme mette un doigt dans l’engrenage et que s’enchaînent 25 années de narcotrafic.  

Il a été libéré en février après avoir passé les trois dernières années derrière les barreaux au pénitencier de Donnacona, dans la région de Portneuf, près de Québec.  

Revendeur, collecteur de dettes et importateur, Stéphane Galarneau a rapidement monté les échelons.  

Il a fini par devenir un narcotrafiquant d’envergure tout en menant une double vie auprès de ses proches.  

Centres d’accueil  

Il attribue son attirance vers le monde du crime à une enfance difficile marquée par un profond besoin d’appartenance.  

«J’ai fait du centre d’accueil de 7 à 18 ans, d’un foyer à l’autre», explique l’homme aujourd’hui âgé de 42 ans. L’ancien narcotrafiquant a accepté de lever le voile sur sa vie d’avant dans le cadre du balado du Bureau d’enquête, Narcos PQ, disponible sur QUB Radio.  

«Ma mère travaillait beaucoup, mon père était absent [...] Il était camionneur, poursuit-il. Je me tenais avec le monde de la rue, avec le monde interlope, et j’ai commencé comme ça à me battre, à vendre de la drogue.»  

C’est cependant après un conflit avec les Hells Angels lorsqu’il avait 20 ans qu’il a fini par attirer l’attention des Rock Machine.  

«[J’avais] donné un demi-kilo à un full patch, et j’ai essayé de me faire payer, raconte l’ancien membre en règle du gang criminel. Il m’a dit : “Tu sais-tu qui je suis ? Décrisse d’icitte, sinon je vais te mettre du plomb dans la tête”.»  

C’est là que Stéphane Galarneau a reçu une offre qu’il ne pouvait pas refuser.  

Besoin d’un «déneigeur»  

«Les [Rock Machine] sont venus me parler et ils ont dit : “Il paraît que t’es capable de faire rouler de la neige”, se souvient-il. J’ai dit “oui, je suis un bon déneigeur”.» Les membres du crime organisé utilisent souvent cette métaphore lorsqu’ils veulent faire allusion au commerce de la cocaïne.  

Il est alors devenu membre en règle du gang. Il dit avoir été attiré par la fratrie et la protection que fournit le club.  

«C’est par besoin d’appartenance, et l’appât du gain est fort, précise-t-il. La première fois que j’ai mis mon jacket, c’était comme se sentir comme Batman ou Superman. Je suis intouchable.»  

Stéphane Galarneau aurait roulé sa bosse dans plusieurs pays, dont la Russie, l’Irlande et, surtout, le Mexique, où il dit avoir tissé des liens avec des hauts placés du cartel de Sinaloa, fief du baron déchu Joaquín «El Chapo» Guzman.  

Le cartel de Sinaloa est l’un des plus puissants et sanglants, et fait toujours les manchettes à travers le monde. Basé au Mexique, il est présent partout sur la planète.  

«À la fin, j’avais la coke su’l bras [il achetait la cocaïne à crédit] à travers plusieurs pays. Ils m’appelaient l’oiseau blanc», se rappelle-t-il.  

Enfance au centre d’accueil  

Photo courtoisie

L’ancien Rock Machine a passé la majorité de son enfance en centre d’accueil­­­­, transféré d’un foyer à l’autre. Il raconte que son père était absent et que sa mère travaillait constamment pour subvenir aux besoins­­­­ de la famille­­­­.  

Avant de sombrer dans le crime  

Photo courtoisie

Avant de sombrer dans le crime, Stéphane Galarneau dit avoir adoré ses années à l’école Georges-Vanier, à Laval, où il jouait au football, au hockey et à l’intercrosse.  

Sa mère ne l’a pas abandonné  

Photo courtoisie

Stéphane Galarneau veut mettre une croix sur sa vie interlope afin de se concentrer sur sa famille, dont ses deux enfants. Il habite aujourd’hui avec sa mère (sur la photo) en banlieue nord de Montréal.  

Enfin ses patches  

Photo courtoisie

Stéphane Galarneau dit avoir côtoyé les Rock Machine pendant 10 ans avant de devenir un membre en règle, en 2004. Ici, une amie termine la couture des patches du club sur le veston du nouveau motard.  

Sortie de prison en limousine  

Photo courtoisie

C’est une limousine qui était venue chercher Galarneau lors de sa dernière sortie de prison, en 2016. Il était alors emprisonné à Sorel pour une histoire de fraude commise à Winnipeg.  

10 000 pilules de speed  

C’est lorsque son fils aîné l’a renié que Stéphane Galarneau a eu un véritable choc. C’est ce qui le pousse maintenant à vouloir tourner le dos à la vie criminelle.  

Maintenant âgé de 42 ans, il a passé plus de 18 ans derrière les barreaux. En 2016, alors qu’il venait de sortir de prison, il s’est fait arrêter pour avoir tenté de faire le trafic de 10 000 pilules de méthamphétamine (speed).  

Ce n’est qu’à ce moment-là que sa famille a appris qu’il était membre en règle des Rock Machine.  

«Mon gars m’a dit: “Tu m’as menti. Tu voulais que je suive un bon chemin, mais tu es un membre en règle ?” Ça m’a touché!»  

Double vie  

Auparavant, il menait une double vie auprès de sa famille et de ses proches. Il prétendait gagner sa vie dans la construction, comme tireur de joints et peintre de finition. Mais en réalité, son revenu principal provenait de sa vie secrète, un univers où il se spécialisait dans le trafic de stupéfiants et d’autres activités criminelles.  

Sorti de prison depuis le mois de février, Stéphane Galarneau dit être prêt à vivre une petite vie paisible, loin du crime.  

«Il y a des moments de gloire, mais il y a beaucoup de sombre dans ce milieu et je suis tanné, tanné de regarder au-dessus de mon épaule pour voir si quelqu’un va me viser avec un gun ou venir m’arrêter.»