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Victime d'une embuscade mortelle

Voici la génèse d'un drame conjugal qui a ému tout le Québec

Quelques heures avant de tuer Daphné Huard-Boudreault, Anthony Pratte-Lops lui a dérobé son cellulaire dans l’espoir de l’attirer dans leur appartement. Il a fait croire à tous ses proches qu’il serait parti à Québec. La jeune femme est entrée à la hâte dans le logement, sans attendre l’escorte policière, pour aller chercher son chat et ses lézards, car elle craignait que son ex leur fasse du mal. Elle n’aurait toutefois jamais cru que c’est à elle qu’il s’en prendrait, sept secondes à peine après son arrivée, alors qu’une policière était de l’autre côté de la porte.

Le logement dans lequel Daphné Huard-Boudreault a été tuée se trouve au sous-sol de cette résidence de Mont-Saint-Hilaire.

Photo Frédérique Giguère

Le logement dans lequel Daphné Huard-Boudreault a été tuée se trouve au sous-sol de cette résidence de Mont-Saint-Hilaire.

 « Oh ! C’est bientôt fini cette vie-là », aurait dit Daphné Huard-Boudreault à son chat, en le câlinant.  

La jeune femme venait tout juste d’entrer dans l’appartement qu’elle partageait avec son ex-copain, Anthony Pratte-Lops. C’était peu après 12 h 30, le 22 mars 2017.  

Jaloux, l’homme de 22 ans n’acceptait pas leur rupture, survenue une semaine auparavant, après deux ans de relation, et lui faisait des misères.  

Inquiète du sort qu’il allait réserver à ses animaux, Daphné voulait les sortir de cet environnement au plus vite.  

« Moi, j’ai hâte d’y aller parce que j’ai peur qu’il ait fait de quoi à mon chat pis mes lézards, là, j’ai vraiment la chienne, j’ai peur qu’y ait mis mes lézards dehors, genre, ou de quoi de même, là », a dit la femme de 18 ans à sa belle-mère au téléphone, une quinzaine de minutes avant sa mort.  

Elle devait aussi profiter de l’absence annoncée de son ex-copain pour récupérer son cellulaire, dérobé par celui-ci dans son sac à main le matin même.  

Nombreux sont ceux qui ont prévenu Daphné de ne pas se rendre seule à son ancien logement. Au moins trois policiers, sa mère, son père, sa belle-mère et son nouveau copain l’ont incitée à la plus grande prudence ce jour-là. 

Alexis Massé-Lamonde.
Nouveau copain

Photo MARTIN ALARIE

Alexis Massé-Lamonde. Nouveau copain

 Avant de retourner à son appartement, Daphné s’est rendue au poste de police de la Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent (RSL), à Belœil.  

Désemparée que son ex ait piraté son cellulaire et qu’il écrive des insanités à ses amis, elle voulait des conseils.  

La policière Brigitte Légaré l’a informée qu’elle pouvait déposer une plainte contre Pratte-Lops pour vol et harcèlement.  

Mais Daphné ne voulait pas que son ex se fasse arrêter, elle voulait juste récupérer quelques effets et avoir la sainte paix.  

La jeune femme a répété à l’agente Légaré qu’elle n’avait pas besoin d’escorte policière, puisque Pratte-Lops avait fait savoir à tout le monde qu’il serait absent.  

Connu des policiers  

La policière d’expérience a insisté, tenant mordicus à l’accompagner chez elle.  

Il faut dire que Pratte-Lops était bien connu au service de police de la Montérégie. Plusieurs agents ont eu à intervenir auprès de lui par le passé, que ce soit pour un état mental instable ou ses frasques en voiture, qui ont entraîné la perte de son permis de conduire.  

Au Centre de renseignements policiers du Québec, il y avait même une note à son dossier stipulant d’agir calmement avec lui pour éviter d’envenimer la situation.  

Appel au 9-1-1  

L’agente Légaré insiste à plus forte raison, car Daphné a composé le 9-1-1 quelques heures plus tôt pour faire expulser son ex.  

Il avait attendu la jeune femme dans sa voiture vers 5 h, devant la résidence de son père, dans l’espoir de lui parler. 

 La voiture de la victime a été passée au peigne fin par les enquêteurs.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

 La voiture de la victime a été passée au peigne fin par les enquêteurs.

Daphné lui a intimé de partir, mais il refusait. Elle a dû l’amener à son boulot, dans un dépanneur d’Otterburn Park.  

« Y’est assis dans mon auto, là, je sais pas quoi faire, là, j’peux pas l’enlever de là, y’a comme 100 livres de plus que moé, là. Pis c’est pas la première fois qu’il fait des affaires de même, pis là, ça suffit », a expliqué la jeune femme au répartiteur.  

À l’arrivée des agents Olivier St-Cyr-Lanoie et Ralph Dallaire, elle a toutefois refusé de porter plainte pour harcèlement.  

Les deux policiers se sont assurés que Daphné n’avait pas été menacée ou frappée par Pratte-Lops. Ce n’était pas le cas.  

Sans plainte, les agents n’avaient donc aucun motif pour arrêter le jeune homme, qui a finalement accepté de partir en taxi.  

À trois reprises, les patrouilleurs ont souligné à la jeune femme qu’elle devrait être accompagnée par des agents pour récupérer ses effets.  

C’est fort probablement pour cette raison qu’elle s’est dirigée vers le poste de police après son quart de travail.  

Devant l’insistance de la policière Légaré, Daphné a fini par accepter que celle-ci la suive chez elle en autopatrouille.  

Mensonge  

Dans les faits, la jeune femme ne semblait pas convaincue que son ex était bel et bien à Québec, comme il le prétendait.  

« Bin non, c’est ça, y’est pas à Québec là, y’était actif sur mon Facebook à moi avec mon téléphone v’la 20 minutes », a-t-elle affirmé au téléphone à sa belle-mère.  

Daphné a quitté le poste par l’avant, tandis que l’agente Légaré est sortie par l’arrière, en demandant des renforts.  

Un trajet de huit minutes sépare le poste de la rue Hertel, à Belœil, du logement situé sur la rue Forest, à Mont-Saint-Hilaire.  

À son arrivée sur place, l’agente Légaré constate que Daphné ne l’a pas attendue.  

Sa Nissan Sentra beige est stationnée devant la maison, mais la jeune femme n’y est pas. Constatant des traces de souliers dans la fine couche de neige recouvrant le sol, la policière suit cette piste jusqu’à l’arrière de la résidence.  

La patrouilleuse regarde par la porte-fenêtre­­­ du rez-de-chaussée, mais se rend vite compte qu’elle n’est pas au bon endroit. Elle aperçoit alors un escalier menant à une porte donnant accès au sous-sol. Elle cogne. Pas de réponse.  

L’agente Légaré remonte les marches et de­mande de vérifier l’adresse sur les ondes radio. Elle redescend et frappe de nouveau. 

La policière Légaré s’est retrouvée face à face avec le tueur dans l’entrée de l’appartement, à l’arrière de la maison.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

La policière Légaré s’est retrouvée face à face avec le tueur dans l’entrée de l’appartement, à l’arrière de la maison.

 La policière voit alors une ombre s’approcher de la porte.  

Par instinct, la patrouilleuse remonte l’escalier. C’est un endroit exigu et elle ne voit pas qui s’avance vers elle, ni si cette personne est armée ou non.  

« Arrête-moi »  

L’agente Légaré entend d’abord une voix d’homme lui lancer une demande sans équivoque : « Arrête-moi ».  

La porte s’ouvre et elle reconnaît Pratte-Lops, qui lui tend ses mains ensanglantées.  

Ne perdant pas une seconde, la patrouilleuse dégaine son arme et le met en joue.  

Elle lui ordonne de lever ses mains, de se retourner et de monter les marches à reculons.  

« C’est-tu ton sang à toi », lui demande la policière.  

« C’est son sang à elle », répond le jeune homme.  

L’agente Légaré le somme de se coucher à plat ventre au sol, les mains dans le dos.  

Elle avise rapidement ses collègues de l’urgence de la situation sur les ondes radio. Il faut une ambulance, et vite.  

Aucun cri  

La policière est convaincue que Daphné est à l’intérieur, mais personne ne crie à l’aide, et le suspect a du sang plein les mains. Ça n’augure rien de bon.  

La patrouilleuse met Anthony Pratte-Lops en état d’arrestation sur-le-champ pour tentative de meurtre.  

Les renforts arrivent rapidement. L’agente Deraspe aide l’agente Légaré à menotter le suspect, tandis que l’agent Boisvert entre dans le logement s’enquérir de l’état de la victime.  

Elle a la gorge tranchée, ça presse, lance ce dernier sur sa radio portative.  

« Juste le cellulaire »  

Pendant ce temps, la policière Légaré fouille le suspect. « J’ai juste le cellulaire à Daphné dans ma poche », lance-t-il. 

Anthony Pratte-Lops a volé le cellulaire de la victime dans son sac à main, dans sa voiture.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

Anthony Pratte-Lops a volé le cellulaire de la victime dans son sac à main, dans sa voiture.

L’appareil n’était donc pas sur le divan ou sur la table de la cuisine, comme il l’avait fait croire à plusieurs. Dans les heures précédentes, le jeune homme avait dit à une demi-douzaine de personnes que le cellulaire de Daphné serait dans l’appartement, et que lui serait absent.  

Pratte-Lops avait insisté sur le fait qu’il était inutile que son ex-copine vienne avec la police, car cela lui causerait des ennuis avec sa propriétaire, qui réside au-dessus.  

Il a répété cette affirmation aux policiers, à sa meilleure amie, au père et au nouveau copain de Daphné ainsi qu’à des collègues de travail de la jeune femme.  

C’était une embuscade. Pratte-Lops a avoué lui-même lors de son interrogatoire qu’il s’agissait d’un prétexte pour l’attirer.  

Le suspect a par contre réfuté à de nombreuses reprises avoir eu l’intention de tuer Daphné. Il a répété au lieutenant-détective­­­ Patrick Larivée qu’il ne voulait que lui parler, et tenter de sauver son couple. Sauf que la jeune femme a crié au meurtre lorsqu’elle s’est rendu compte de la présence de son ex.  

Étranglée

Pris de panique, Pratte-Lops l’a empoignée fermement à la gorge, d’une seule main, la soulevant de terre. « J’ai serré en tabarnac », a-t-il précisé en interrogatoire.  

« C’est comme si j’aurais (sic) tout donné sur un gars genre de 500 livres, ostie », a-t-il illustré.  

Du haut de ses 5 pieds 7 pouces et demi, avec ses 131 livres, Daphné ne pouvait pas résister contre le colosse.  

À peine sept secondes s’étaient écoulées entre son arrivée et cet acte de violence inouï, selon l’estimation de Pratte-Lops.  

Le suspect a affirmé à l’enquêteur qu’il ne pouvait pas simplement demander à Daphné de se calmer. « Elle n’aurait pas arrêté [de crier] », s’est-il justifié.  

Pratte-Lops s’est même vanté, auprès du lieutenant-détective, d’être capable de casser une noix à mains nues, tellement il était fort. Une telle pression exercée sur le fragile cou de la jeune femme lui a fait perdre connaissance presque instantanément. 

La jeune femme a été assassinée sur le sofa du salon avec ce couteau de cuisine.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

La jeune femme a été assassinée sur le sofa du salon avec ce couteau de cuisine.

La jeune femme s’est retrouvée étendue sur le sofa, inconsciente. D’après le suspect, c’est à ce moment que la policière Légaré a frappé à la porte pour la première fois.  

Il s’est alors précipité dans la cuisine pour empoigner un couteau à steak et est retourné auprès de son ex-copine.  

Pratte-Lops l’a alors poignardée à 15 reprises. Le corps de Daphné comptait 10 plaies au thorax, dont la moitié ont touché le cœur, et cinq au cou. 

anthony pratte-lops daphné huard-boudreault

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

 D’après la pathologiste Caroline Tanguay, la jeune femme était toujours vivante lorsque les coups de couteau ont été portés.  

 Ce n’est qu’après avoir tué son ex-copine, à la deuxième tentative de la policière pour entrer, que Pratte-Lops s’est rendu. 

Tous les coups portés sur le corps de la victime se situaient dans la région du ­cœur, comme l’indique cette annexe du rapport de la pathologiste.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

Tous les coups portés sur le corps de la victime se situaient dans la région du ­cœur, comme l’indique cette annexe du rapport de la pathologiste.

Un rêve réel  

Assis dans une autopatrouille dans l’attente d’être emmené au poste de RSL, à Sainte-Julie, il a demandé à l’agent Jérémy Nolin s’il rêvait ou si c’était bien réel.  

« C’est quoi la carotine... la carotide, l’affaire qu’il y a dans la gorge », a ensuite demandé le suspect : une artère qu’il a effectivement endommagée dans sa perte de contrôle meurtrière.  

Le patrouilleur n’a pas répondu, mais a noté toutes les paroles du tueur.  

« T’es chanceux en criss d’être arrivé parce que je m’en allais sur la track de chemin de fer. J’avais regardé le train. J’allais en finir avec moi après ça », a lancé Pratte-Lops à l’agent Nolin.  

Des rails se trouvent en effet à proximité de la résidence de la rue Forest... et un train les a empruntés trois minutes après qu’il a prononcé ces paroles.  

Suicide  

Une affirmation que le suspect a par la suite niée lors de son interrogatoire, arguant que s’il avait voulu se suicider, il l’aurait fait.  

Pratte-Lops était même d’avis qu’il aurait pu désarmer la policière Légaré sans problème, lui qui a déjà pratiqué les arts martiaux.  

Pendant les six heures et demie qu’a duré l’interrogatoire, le suspect a démenti avec véhémence la préméditation de son crime.  

Il a avoué dès le départ avoir « tué [son] ex-copine », mais il s’obstinait dès qu’il était question d’un scénario prévu d’avance.  

« Mais une affaire est sûre, c’est que Daphné, elle ne sortait pas toute seule de cet appartement-là, soit qu’elle ressortait avec toi ou elle ne ressortait pas », a soutenu le lieutenant-détective.  

« Puis après ça, même, pour être sûr qu’elle ne sortira pas de là, tu es allé chercher un couteau malgré que la police est là, parce que tu la vois la police en plus, Anthony », a poursuivi l’enquêteur.  

« Sauf que, comme j’te dis, ce n’était pas prémédité, c’est... c’est une histoire qui ressemble à ça, sauf que... », a rétorqué Pratte-Lops.  

Pour avancer cette théorie, le policier Larivée s’appuie sur les témoignages recueillis par son équipe.  

Dans les minutes précédant l’arrivée de Daphné sur la rue Forest, le suspect parlait au téléphone avec le nouveau copain de celle-ci, Alexis Massé-Lamonde.  

Il lui aurait expliqué que son histoire d’amour avec la jeune femme ne pouvait pas se terminer ainsi.  

Pour l’éternité 

À preuve, s’est-il justifié, Daphné et lui s’étaient fait tatouer le signe de l’infini sur l’annulaire gauche, signifiant qu’ils s’aimeraient pour l’éternité.  

Pratte-Lops insistait pour discuter face à face avec la nouvelle flamme de Daphné, mais Alexis a toujours refusé.  

Le suspect jaloux semblait sous-entendre que quelque chose de grave était sur le point de se produire.  

« Il m’a dit : “Bien, tu vas soit avoir une bonne ou une mauvaise nouvelle”. Je lui ai demandé de quoi qu’il parlait, il m’a dit que je l’apprendrais tôt ou tard, soit dans les nouvelles, dans les journaux ou sur Facebook », a relaté Alexis à la cour, lors de l’enquête préliminaire de Pratte-Lops.  

Le nouveau copain de Daphné a interprété cette affirmation comme une annonce que le suspect allait « se suicider ou faire une connerie ».  

Se revoir en prison  

Pratte-Lops a même ajouté que les deux hommes se reverraient en prison, en référence au fait qu’Alexis Massé-Lamonde venait de purger une peine de détention de huit mois pour possession de cannabis en vue de trafic et pour possession d’arme.  

« Ça fait que j’ai dit : “Non, je [ne] retournerai jamais en prison à moins d’avoir une criss de bonne raison”. Puis à ce moment-là, il m’a dit : “C’est ça que je te dis, on va se revoir en prison”. »Pratte-Lops a mis fin à la conversation en disant que « de toute façon, Daphné ne [lui répondrait] plus ». 

Avant le meurtre, Anthony Pratte-Lops avait mis en ligne des vidéos où il parlait de son ex-copine de façon peu élogieuse.

Photo tiré de Facebook

Avant le meurtre, Anthony Pratte-Lops avait mis en ligne des vidéos où il parlait de son ex-copine de façon peu élogieuse.

Dans les heures précédant le meurtre, le suspect a aussi mis en ligne deux vidéos où il dénonçait les prétendues infidélités de Daphné de manière peu élogieuse.  

Après lui avoir volé son cellulaire, il a lu tous les textos de Daphné et certains passages l’ont mis hors de lui.  

Dans ses vidéos, Pratte-Lops insulte sans gêne son ex-copine, allant jusqu’à la traiter de salope et d’autres qualificatifs obscènes.  

De plus, dans les jours précédant le drame, le suspect a demandé à plusieurs de ses amis de vérifier où se trouvait Daphné, soit en passant devant la résidence de son père, devant celle de sa mère ou encore près de son travail.  

À quelques reprises, Pratte-Lops a même requis des lifts pour aller vérifier lui-même certaines adresses où la jeune femme aurait pu être, et ce, jour et nuit.  

Harcèlement  

C’est d’ailleurs en raison de ce harcèlement que les procureurs de la Couronne Cimon Sénécal et Isabelle Morin ont plaidé auprès du juge Marc Bisson que l’homme, initialement accusé de meurtre prémédité, avait tendu un guet-apens à son ex-copine.  

Mes Marion Burelle et Noémi Tellier, de la défense, tentaient, quant à eux, de convaincre le magistrat que le geste de leur client n’était pas planifié.  

Au terme de l’enquête préliminaire qui s’est tenue à l’automne 2017, le juge Bisson n’a eu « aucune hésitation » à donner raison à la poursuite, ajoutant que la preuve démontrait « clairement qu’un plan se dessin[ait] tranquillement. »  

En confiance 

« En fait, tout ce qu’il fait le matin du 22 mars 2017 ne sert qu’à tenter de mettre la victime en confiance [et] qu’elle pourrait se rendre là sans problème alors que là n’est pas du tout son intention », résume le magistrat, en parlant de subterfuge.  

Lors des audiences préliminaires en vue du procès, le juge de la Cour supérieure André Vincent avait aussi qualifié le drame de « cas de quasi-flagrant délit ».  

Mais depuis le début, Pratte-Lops a toujours réfuté la préméditation.  

Quatre jours avant le début de son procès devant jury prévu en mai, l’homme maintenant âgé de 24 ans a plaidé coupable à un chef de meurtre non prémédité, au terme de négociations entre les avocats.  

Le juge de la Cour supérieure Pierre Labrie l’a condamné à une peine de détention à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 18 ans, soit sept ans de moins que s’il avait été reconnu coupable de meurtre prémédité – ce qui entraîne automatiquement un minimum de 25 ans. Il s’agit tout de même d’une sentence sévère dans le contexte, loin du minimum de 10 ans. Par ailleurs, il aurait été peu probable que l’accusé s’en tire avec un acquittement, vu ses aveux à l’enquêteur Larivée.  

Et des confessions, Pratte-Lops en a aussi fait en détention. Le jeune homme a froidement couché sur papier le déroulement de son crime­, en six étapes.  

Ces écrits n’auraient toutefois jamais été présentés à un jury puisque le juge Vincent avait accepté d’exclure de la preuve ce « document fort incriminant » que l’accusé avait rédigé à la prison de Sorel-Tracy.  

Pardon

Éric Boudreault.
Père de la victime

Photo MARTIN ALARIE

Éric Boudreault. Père de la victime

À son dernier passage à la cour, le meurtrier a imploré le pardon des proches de Daphné, par l’entremise de son avocat. La main est toutefois difficile à tendre pour la famille qui a enterré son aînée de 18 ans.  

« C’est important, Anthony, que tu saches que tu as brisé ma vie », a insisté le père de la victime, Éric Boudreault, laissant entendre que le tueur n’est pas le seul à avoir une sentence à perpétuité.  

L’appel au 9-1-1  

Le matin de sa mort, Daphné Huard-Boudreault a dû appeler la police pour faire expulser son ex-copain de sa voiture. Voici un extrait de sa conversation avec le répartiteur.

Cette capture d’écran tirée d’une caméra de surveillance du dépanneur où travaillait la victime montre cette dernière (de dos dans la porte) en train de discuter avec Anthony Pratte-Lops. Il quittera les lieux après l’arrivée des policiers.

Capture d'écran, TVA Nouvelles

Cette capture d’écran tirée d’une caméra de surveillance du dépanneur où travaillait la victime montre cette dernière (de dos dans la porte) en train de discuter avec Anthony Pratte-Lops. Il quittera les lieux après l’arrivée des policiers.

Daphné Oui bonjour, il y a quelqu’un qui arrête pas de m’harceler, pis y’est à ma job, pis y veut pas partir, là. J’travaille dans un dépanneur à Saint-Hilaire.  

Répartiteur Ok, est-ce que la porte est barrée à l’avant ?  

Daphné Oui, oui, c’est juste que c’est mon ex pis y veut pas partir, là.  

Répartiteur Ok, là, il est à l’extérieur ?  

Daphné Oui, y’est dans mon char.  

[...]  

Répartiteur Ok. C’est quoi son nom ?  

Daphné Anthony Pratte, là, pis je sais qu’il est pas super stable dans sa tête, là. Fac... (pleurs) Il m’a attendu dans mon char à 5 h le matin chez nous, là, j’ai été obligée de l’amener à ma job, là, mais là y veut pas partir...  

[...]  

Répartiteur Pis là présentement y’est dans votre auto ?  

Daphné [...] Y’est assis dans mon auto, là, je sais pas quoi faire, là, j’peux pas l’enlever de là, y’a comme 100 livres de plus que moé, là.  

Répartiteur Ok.  

Daphné Pis c’est pas la première fois qu’il fait des affaires de même, pis là, là, ça suffit.  

Répartiteur Donc là, laissez la porte du dépanneur barrée, là, les policiers sont en direction.  

Aveux 

Anthony Pratte-Lops a couché sur papier la façon dont il a tué son ex-copine alors qu’il était en détention préventive à la prison de Sorel-Tracy. Les documents intitulés « Head Passing » – ce qui pourrait se traduire par « ce qui me passe par la tête » – ont été saisis par les agents correctionnels lors d’une fouille. En voici un extrait (dont nous avons corrigé les fautes):

anthony pratte-lops daphné huard-boudreault

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

1• Elle rentre. Je suis dans la chambre à arroser le lézard (lumière salle de bain allumée) 

Les lézards de la victime se trouvaient dans la chambre à coucher, là où le tueur attendait Daphné Huard-Boudreault.

PHOTO COURTOISIE DE LA COUR

Les lézards de la victime se trouvaient dans la chambre à coucher, là où le tueur attendait Daphné Huard-Boudreault.

 

2• Elle arrive face à la chambre, je la regarde avec un sourire plein d’espoir et d’amour, elle se met à –> hurler <-. Clignement.  

3• Je lui fonce dessus, je l’étrangle très calmement, mais assez fort pour lui faire perdre connaissance d’une main, ensuite je prends mes deux mains pendant environ (1 minute – 1 minute et demie). Son visage devient blanc. Les lèvres mauves. Clignement.  

4• Je vois le couteau de la cuisine. Clignement.  

5• Je vais le chercher. Clignement.  

6• Poignarde cou. Clignement. Et cœur. Dernier clignement.    

 

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